« Une démocratie confisquée par l’argent » : Le réquisitoire de Me Ngwapitshi contre le système électoral indirect

« Une démocratie confisquée par l’argent » : Le réquisitoire de Me Ngwapitshi contre le système électoral indirect

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Depuis 2006, les élections des gouverneurs et des sénateurs en République démocratique du Congo se déroulent sous l’ombre pesante de la corruption. Pour maître Carlos Ngwapitshi, avocat et observateur attentif de la vie politique congolaise, le constat est sans appel : « Aucun gouverneur ni sénateur n’a été élu sans recourir à l’achat de voix. »
À Kinshasa, la réalité du suffrage indirect s’avère brutale. Pour espérer briguer le mandat de gouverneur, les candidats doivent mobiliser des sommes colossales, parfois estimées à plus d’un million de dollars, destinées à convaincre les députés provinciaux. Ces assemblées, censées incarner la décentralisation et le contrôle démocratique, se sont transformées en foyers de chantage financier. « Elles multiplient les motions fantaisistes pour faire tomber les gouverneurs, sans jamais servir l’intérêt du peuple », déplore Me Ngwapitshi.
Le Sénat et le clientélisme politique
Le Sénat, dont les membres sont élus par ces mêmes députés provinciaux, n’échappe pas à cette logique mercantile. L’avocat décrit la chambre haute comme une institution discréditée, où les sièges se négocient dans l’ombre. « Nos représentants ne sont pas choisis par le peuple, mais par l’argent. C’est un crime organisé et banalisé », insiste-t-il.
Face à ce constat, maître Carlos Ngwapitshi estime que la Constitution du 18 février 2006 a démontré ses limites institutionnelles. Sa proposition de réforme est radicale :
Supprimer définitivement les assemblées provinciales.
Dissoudre le Sénat pour basculer vers un parlement monocaméral.
Instaurer l’élection directe des gouverneurs de province par la population.
Cette réforme de rupture redonnerait, selon lui, le pouvoir de décision direct aux citoyens et mettrait un terme à un système où la démocratie est confisquée par les enchères électorales.
Vers une refonte constitutionnelle incontournable
La réflexion de maître Carlos Ngwapishi résonne comme un avertissement pour la classe politique. Elle met en lumière une démocratie piégée par le clientélisme, fragilisée par des structures devenues des instruments de marchandage. En appelant à une refonte constitutionnelle, il pose une question essentielle : la RDC peut-elle continuer à tolérer un système où la légitimité se monnaie, ou doit-elle enfin rendre au peuple son droit souverain ?
Dans un pays où la corruption s’est incrustée au cœur du processus électoral, la refonte des institutions apparaît comme une urgence. Car, comme le rappelle Me Ngwapitshi, une démocratie qui se négocie à coups de millions de dollars n’est plus une démocratie, mais une illusion dangereuse.

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