La séance plénière de l’Assemblée nationale a pris un ton particulièrement grave lorsque Denis Kadima Kazadi, président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), a présenté le rapport annuel d’activités pour l’exercice 2025–2026. Derrière les bilans techniques se cache un message politique limpide : sans un engagement budgétaire ferme et immédiat de l’État, le processus électoral risque la paralysie totale bien avant les échéances de 2028.
Succès partiels et rendez-vous manqués : Le double visage de la CENI
Le document met en avant la tenue réussie des élections indirectes dans les provinces du Kwilu et du Sud-Ubangi. Longtemps reportés, ces scrutins se sont finalement déroulés sans incident majeur, permettant de stabiliser les institutions locales. Pour la direction de la centrale électorale, c’est la preuve irréfutable que la CENI dispose de l’expertise nécessaire dès lors que les ressources suivent.
À l’inverse, le grand point noir du bilan reste le fiasco des élections locales — destinées à élire les conseillers urbains, les bourgmestres et les maires. Malgré un niveau de préparation technique optimal, ce processus de démocratie à la base a été brutalement suspendu. Devant la représentation nationale, Denis Kadima n’a pas usé de langue de bois :
« La cause unique et exclusive de ce blocage est l’insuffisance criante des moyens financiers alloués. »
Modernisation et coopération institutionnelle
Malgré la crise budgétaire, le rapport souligne la poursuite des efforts d’interconnexion avec l’Office national d’identification de la population (ONIP) en vue de mutualiser les fichiers, ainsi que la participation active de la RDC aux instances électorales régionales. Pour l’avenir, la CENI projette des réformes managériales profondes :
• Simplification drastique des procédures administratives.
• Numérisation accrue du système de gestion, notamment pour le dépôt des candidatures.
• Transparence renforcée des flux de données électorales.
Un avertissement sérieux pour la démocratie
Tout en saluant la résilience de la CENI, les députés nationaux ont unanimement reconnu le caractère critique des défis logistiques, sécuritaires et financiers soulevés par l’exécutif de la centrale électorale. L’urgence d’un décaissement régulier et anticipé des fonds a été actée comme une priorité d’État pour s’épargner une crise de légitimité institutionnelle.
En conclusion, si l’Assemblée nationale a formellement validé la recevabilité de ce rapport, l’exercice a surtout servi de piqûre de rappel. Le message envoyé au gouvernement central est sans équivoque : si les arbitrages budgétaires continuent de sacrifier le calendrier de la CENI, l’horloge démocratique congolaise s’arrêtera bien avant 2028.
MMN


