Le procès du lieutenant-général Philémon Yav, poursuivi pour trahison et intelligence avec l’ennemi, s’est poursuivi ce mardi devant la Haute Cour militaire. L’audience a été marquée par un vif débat autour de la possibilité de confier l’expertise des téléphones du prévenu au Conseil national de la cyberdéfense (CNC), après que l’Agence nationale de renseignements (ANR) a reconnu son incapacité technique à extraire le message incriminé.
À la barre, Me Carlos Ngwapishi, avocat du général Yav, s’est fermement opposé à cette option. Pour lui, l’impartialité du CNC est compromise :
> « Le ministère public détient ces téléphones depuis quatre ans. Pourquoi n’avoir pas mené les investigations à temps ? Qui nous garantit que ce service produira un rapport impartial ? »
Le général Yav a abondé dans le même sens, affirmant ne pas faire confiance à l’actuel responsable du CNC, qu’il considère comme partie prenante dans les circonstances de son arrestation. « Demander à cette personne d’intervenir aujourd’hui suscite naturellement des craintes », a-t-il déclaré.
Le ministère public a répliqué en accusant la défense de redouter l’émergence de la vérité. L’auditeur général a assuré détenir des preuves irréfutables, citant notamment le témoignage du feu général-major Peter Cirimwami. Selon lui, Yav aurait dissimulé à sa hiérarchie un message transmis par le général Senkoko, en provenance du Rwandais James Kabarebe, désignant Cirimwami comme un obstacle à un plan de déstabilisation de la RDC.
Pour l’accusation, le silence du prévenu face à sa hiérarchie constitue un élément suspect, renforcé par les déclarations de plusieurs officiers entendus par la Cour, dont le général Ndima et le général Ekenge.
Le général Yav nie catégoriquement avoir reçu un message de Kabarebe. Il admet toutefois avoir reçu un message anonyme dénonçant l’usage des FDLR par les FARDC, et affirme que le général Cirimwami lui avait confié avoir reçu un message similaire. Ces divergences nourrissent un climat de confrontation, où chaque camp tente d’imposer sa lecture des faits.
Au terme des débats, la Haute Cour militaire a suspendu l’audience et renvoyé l’affaire au vendredi 20 février 2026. Les juges devront alors se prononcer sur l’opportunité de confier l’expertise des téléphones au CNC, une décision qui pourrait s’avérer déterminante pour la suite du procès.
Ce procès illustre les tensions entre exigence de vérité judiciaire et crainte de partialité institutionnelle. La défense, menée par Me Carlos Ngwapishi, insiste sur la fragilité de la chaîne de preuve et sur le risque de manipulation. Le ministère public, lui, brandit des témoignages qu’il juge irréfutables. La décision attendue sur l’expertise technique des téléphones pourrait devenir un tournant majeur dans cette affaire de haute trahison.
Merveille Maleya


