Depuis que le Rwanda a officiellement reconnu son soutien à l’AFC/M23 par la voix de son ambassadrice à Washington, le discours de Corneille Naanga s’est intensifié. Multipliant les apparitions médiatiques, l’ancien haut fonctionnaire s’emploie à redonner une façade politique à une opération militaire désormais démasquée. Mais à mesure qu’il parle, ses mots révèlent moins une stratégie qu’un désarroi. Car ce que Naanga tente de sauver, ce n’est pas un projet politique : c’est une fiction qui s’effondre.
Le discours de Corneille Naanga repose sur une mécanique bien huilée : invoquer la paix pour justifier la guerre, parler de souveraineté pour couvrir une ingérence, agiter le dialogue pour masquer l’occupation. Il présente l’AFC comme un « mouvement congolais », alors que les faits, les rapports onusiens et les aveux récents de Kigali confirment l’inverse : sans l’appui militaire, logistique et diplomatique du Rwanda, cette structure n’aurait ni colonne vertébrale, ni capacité opérationnelle.
En refusant de nommer cette réalité, Naanga ne fait pas de politique. Il fait de la diversion. Il ne construit pas un projet. Il maquille une agression.
À l’analyse, ses interventions sont marquées par un lexique de contournement. Il parle de « stabilisation régionale », de « dynamique de paix », de « solutions africaines ». Mais jamais il ne répond aux questions fondamentales : qui arme le M23 ? Qui coordonne ses offensives ? Qui viole la souveraineté congolaise en toute impunité ?
Ce silence n’est pas une omission. C’est une stratégie. Une tentative de maintenir une zone grise, un flou diplomatique, dans lequel l’AFC pourrait continuer à opérer sans assumer sa nature réelle. Mais cette stratégie atteint ses limites. L’aveu rwandais a dissipé le brouillard. Et dans cette lumière crue, la parole de Naanga apparaît pour ce qu’elle est : un outil de légitimation.
Le plus frappant, peut-être, est l’absence totale d’ancrage populaire dans ce discours. À qui parle Corneille Naanga ? Certainement pas aux populations déplacées de Masisi ou de Rutshuru. Pas aux familles endeuillées. Pas aux Congolais qui vivent, chaque jour, les conséquences de cette guerre. Il parle à huis clos, dans un langage technocratique, sans chair, sans mémoire, sans empathie.
Cette déconnexion est politique, mais elle est aussi morale. Car en prêtant sa voix à une entreprise de guerre, en niant les souffrances qu’elle engendre, Naanga s’inscrit dans une chaîne de responsabilité. Il ne pourra pas dire qu’il ne savait pas. Il savait. Et il a choisi de parler quand il aurait fallu se taire.
Aujourd’hui, le récit qu’il tente de maintenir ne tient plus. L’AFC/M23 est militairement soutenue, mais politiquement orpheline. Aucun État africain ne la reconnaît. Aucune organisation régionale ne la légitime. Et même ses relais médiatiques peinent à masquer l’embarras. Le discours de Naanga, censé donner une couverture politique à une opération militaire, ne convainc plus personne. Il expose. Il trahit. Il fatigue.
L’histoire retiendra peut-être son nom. Non pas comme celui d’un artisan de paix, mais comme celui d’un homme qui, face à l’évidence, a choisi le mensonge. Face à la souveraineté, la soumission. Face à la République, la compromission.
Merveille Maleya


