Il y a des présidences qui s’inscrivent dans la routine des institutions. Et puis, il y a celles que l’histoire convoque. Celle de Félix Tshisekedi appartient à la seconde catégorie. Car en République démocratique du Congo, il n’exerce pas un mandat mains il porte une mission. Et cette mission, aujourd’hui, se heurte à une vérité que l’on ne peut plus contourner : le pays est agressé. Et l’agresseur a un nom.
Depuis les années 1990, l’Est du Congo est le théâtre d’un conflit à géométrie variable, où les groupes armés changent de nom mais pas de parrain. CNDP hier, M23 aujourd’hui, d’autres demain — tous recyclés dans une guerre sans fin, maquillée en crise interne. Cette fiction diplomatique, entretenue par des intérêts régionaux et internationaux, a permis au Rwanda de nier l’évidence : sa mainmise sur les ressources congolaises par procuration armée.
Tshisekedi a brisé ce mensonge. En affirmant que le M23 n’est pas une rébellion congolaise mais une force supplétive de l’armée rwandaise, il a opéré un basculement stratégique. Ce que beaucoup refusaient d’entendre est désormais confirmé par les faits.
Le 22 janvier 2026, lors d’une audition devant le sous-comité Afrique du Congrès américain, Mathilde Mukantabana, ambassadrice du Rwanda aux États-Unis, a reconnu que le Rwanda coordonne ses actions avec le groupe armé AFC/M23. Présentée comme une « coordination sécuritaire » pour protéger les Tutsis en RDC, cette déclaration constitue un aveu diplomatique majeur : le Rwanda est partie prenante active du conflit.
Ce n’est plus une hypothèse. C’est un aveu. Et cet aveu change tout.
En refusant de dialoguer avec les exécutants pour s’adresser aux commanditaires, Tshisekedi a posé un acte de souveraineté. La rencontre avec Paul Kagame à Doha n’était pas une tentative de conciliation, mais un face-à-face politique. Le Congo ne quémande plus la paix. Il exige la vérité. Et cette vérité, c’est que la guerre dans l’Est n’est pas une querelle ethnique, mais une entreprise d’occupation économique et géostratégique, orchestrée depuis Kigali avec la complicité de réseaux transnationaux.
Ce changement de posture n’est pas sans risque. Il isole le Congo dans certaines sphères diplomatiques. Mais il clarifie les lignes. Il nomme l’ennemi. Et il redonne au peuple congolais un langage de dignité.
« Déboulonner le système », disait Tshisekedi en 2019. Beaucoup y ont vu un slogan. Mais les faits s’accumulent. L’armée, longtemps infiltrée et démoralisée, amorce une lente professionnalisation. La diplomatie congolaise se réoriente vers des alliances plus affirmées, notamment au sein de la SADC. Le narratif national se réapproprie la souveraineté, non plus comme un mot creux, mais comme un impératif vital.
Ce processus est inachevé. Il est fragile. Il suscite des résistances internes, des sabotages, des campagnes de discrédit. Mais il existe. Et il dérange. Car il menace un système de prédation enraciné depuis des décennies, qui prospère sur l’impunité, la confusion et la compromission.
Face à une agression désormais assumée, la division devient une faute politique. Les querelles intestines, les ambitions personnelles, les calculs électoraux doivent céder la place à une union stratégique. Il ne s’agit pas de suspendre la démocratie. Il s’agit de hiérarchiser les urgences. On ne débat pas de la couleur des rideaux quand la maison brûle.
L’unité nationale ne signifie pas l’unanimisme. Elle signifie la capacité à reconnaître un ennemi commun, à défendre un intérêt supérieur, à suspendre les antagonismes pour préserver l’essentiel : la souveraineté, l’intégrité territoriale, la dignité du peuple congolais.
Tshisekedi n’est peut-être pas le président parfait. Mais il est aujourd’hui le seul chef d’État congolais à avoir nommé l’agresseur, regardé l’ennemi dans les yeux, et tenté de reconstruire une armée digne de ce nom. Cela ne suffit pas. Mais c’est un début. Et ce début mérite d’être consolidé, non saboté.
Car l’histoire ne jugera pas les Congolais sur leurs querelles, mais sur leur capacité à défendre leur terre. Ensemble.
Merveille Maleya


