Sirènes interdites, privilèges maintenus : Quand l’État se dédit sur la voie publique

Sirènes interdites, privilèges maintenus : Quand l’État se dédit sur la voie publique

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Deux mois après l’interdiction officielle des sirènes, gyrophares et escortes sur les routes congolaises, la réalité du terrain contredit frontalement la parole de l’État. Malgré une instruction présidentielle relayée par le ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, les cortèges bruyants et les véhicules prioritaires autoproclamés continuent de défiler, comme si la mesure n’avait jamais existé. Une situation qui met à nu les limites de l’autorité publique et ravive le sentiment d’injustice chez les citoyens.

L’annonce du gouvernement, en novembre dernier, avait été accueillie comme un signal fort : celui d’un État décidé à mettre fin à l’arrogance routière des puissants. L’interdiction devait rétablir une forme d’égalité sur la voie publique, longtemps confisquée par les cortèges improvisés, les passages en force et les intimidations sonores.

Mais dans les rues de Kinshasa, les gyrophares clignotent toujours, les sirènes hurlent, et les escortes fendent la circulation sans justification apparente. Des véhicules banalisés, parfois sans plaques, imposent leur loi au mépris des usagers ordinaires. Le contraste est brutal entre la parole politique et la persistance des privilèges.

Ce non-respect généralisé révèle une faille plus profonde : l’incapacité de l’État à faire appliquer ses propres décisions, surtout lorsqu’elles touchent les cercles du pouvoir. Les forces de l’ordre, censées veiller à l’exécution de la mesure, se retrouvent souvent impuissantes — ou complices.

Aucune statistique officielle n’a été publiée sur les contrôles effectués, aucun contrevenant de haut rang n’a été sanctionné publiquement. L’absence de suivi alimente un sentiment d’impunité et de résignation.

Au-delà de la circulation, c’est la crédibilité même de l’État qui vacille. Une interdiction non respectée devient un aveu d’impuissance. Elle expose un système à deux vitesses : celui des règles pour les citoyens ordinaires, et celui des passe-droits pour les détenteurs de pouvoir.

> « L’État ne peut pas exiger l’obéissance s’il tolère la désobéissance de ses propres représentants ».

Ce double standard mine la confiance publique, nourrit le cynisme, et affaiblit l’idée même d’un État de droit.

Tant que les sirènes continueront de hurler au mépris des lois, la route restera le miroir d’un pouvoir qui se croit au-dessus des règles. Et les citoyens, eux, continueront de se demander : à quoi sert une interdiction que personne n’ose faire respecter ?

Merveille Maleya

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