Bicéfalisme communicationnel : Quand la parole présidentielle se cherche un centre

Bicéfalisme communicationnel : Quand la parole présidentielle se cherche un centre

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Dans les institutions modernes, la communication présidentielle est bien plus qu’un simple relais d’informations. Elle est un instrument de souveraineté, un levier de mobilisation citoyenne, et un outil de gouvernance. En République démocratique du Congo, cette fonction a connu une montée en puissance remarquable au cours des dernières années. Mais à mesure qu’elle se renforce, elle se fragmente. Aujourd’hui, plusieurs postes coexistent autour d’une même mission, avec des intitulés différents, des périmètres parfois flous, et une coordination encore en construction. Ce phénomène soulève une question de fond : peut-on multiplier les titres sans diluer la fonction ?

La communication présidentielle en RDC repose actuellement sur une architecture à plusieurs étages :

– Tina Salama, porte-parole du Président de la République, est chargée de relayer la parole directe du Chef de l’État.
– Farah Mwamba, directrice de la Cellule de communication de la Présidence, supervise la stratégie globale de communication.
– Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement, incarne la voix de l’exécutif dans son ensemble.
– Bienvenu Ilambo, conseiller spécial en communication du Président, récemment nommé, est chargé de structurer et d’harmoniser la parole présidentielle.

À première vue, ces postes semblent complémentaires. Mais à l’analyse, ils partagent une même description fonctionnelle : concevoir, incarner et diffuser la parole institutionnelle, en assurant sa cohérence, sa lisibilité et son impact.

Les missions de ces quatre figures s’articulent autour de cinq axes fondamentaux :

1. Représenter la parole officielle : Être l’émetteur autorisé du message présidentiel ou gouvernemental.
2. Structurer la stratégie de communication : Élaborer des plans cohérents, alignés sur les priorités politiques.
3. Assurer la pédagogie publique : Traduire les décisions en messages compréhensibles pour les citoyens.
4. Gérer les relations avec les médias : Organiser les points de presse, interviews, et réponses aux sollicitations.
5. Protéger l’image de l’institution : Anticiper les crises, corriger les narratifs erronés, valoriser l’action publique.

> En d’autres termes, plusieurs titres remplissent une même fiche de poste, avec des variations de périmètre mais une mission identique : porter la parole de l’État avec rigueur et stratégie.

Cette démultiplication des postes peut être interprétée de deux manières :

– Comme un signe de professionnalisation : chaque poste répond à un besoin spécifique, dans un environnement médiatique de plus en plus complexe. La spécialisation permet de mieux segmenter les publics, d’anticiper les crises, et de diversifier les canaux.

– Ou comme un symptôme de bicéfalisme latent : ce terme, emprunté au lexique politique congolais, désigne la coexistence de plusieurs centres de pouvoir dans un même espace institutionnel. Appliqué à la communication, il traduit une fragmentation de la parole officielle, où les rôles se chevauchent, les messages se croisent, et la hiérarchie reste floue.

Dans les faits, cette pluralité peut générer des tensions internes, des blocages décisionnels, ou une dilution du message présidentiel. Elle pose une question de gouvernance : qui coordonne, qui tranche, qui engage la parole du Chef de l’État ?

La solution n’est pas nécessairement de réduire le nombre de postes. Dans un État moderne, la communication présidentielle peut — et doit — s’appuyer sur une équipe pluridisciplinaire. Mais cette équipe doit être orchestrée, avec :

– Une définition publique des rôles.
– Un organigramme fonctionnel clair.
– Un mécanisme de coordination formel.
– Une culture de complémentarité, fondée sur la mission, non sur les titres.

La nomination de Bienvenu Ilambo peut être l’occasion de structurer cette gouvernance. En tant que conseiller spécial, il pourrait jouer le rôle de chef d’orchestre, garantissant l’unité de la parole présidentielle dans sa diversité d’expressions.

La communication présidentielle est une fonction souveraine. Elle ne peut être laissée à la seule logique des titres ou des parcours individuels. Elle exige une vision, une méthode, et une discipline collective.

> Multiplier les postes n’est pas un mal en soi. Mais sans gouvernance claire, cette pluralité peut devenir un facteur de confusion. Il est temps de penser la communication présidentielle non comme une addition de fonctions, mais comme une mission unique, portée par plusieurs voix, au service d’un même récit national.

Merveille Maleya

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