C’est dans l’enceinte de la Cité de l’Union Africaine, lors de la 62ᵉ réunion du Conseil des ministres, que le gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC), André Wameso Nkualoloki, a présenté une note d’information stratégique sur l’état du marché de change et l’évolution des prix des biens et services. Ce document, livré devant l’exécutif national, révèle une conjoncture économique intérieure marquée par une appréciation spectaculaire du franc congolais, une baisse de l’inflation et un assouplissement significatif de la politique monétaire.
Selon les données exposées par le gouverneur, l’économie congolaise amorce un ralentissement des tensions inflationnistes. La première semaine d’octobre a enregistré une déflation hebdomadaire de -0,10 %, contre +0,06 % la semaine précédente. En cumul annuel, l’inflation s’établit à 5,93 %, en nette baisse par rapport aux 9,99 % observés à la même période en 2024. Ce recul traduit une stabilisation progressive du cadre macroéconomique.
La monnaie nationale s’est fortement appréciée sur les deux segments du marché de change :
– Marché indicatif : +6,31 % en une semaine ; +13,47 % depuis décembre 2024.
– Marché parallèle : +4,12 % en une semaine ; +9,54 % en cumul annuel.
Cette dynamique, soulignée dans la note du gouverneur, reflète une reprise de confiance et une régulation plus rigoureuse du marché de change.
Le Comité de Politique Monétaire (CPM) attribue cette performance à une série de mesures ciblées :
– Cession de 50 millions USD sur le marché des changes le 18 août 2025.
– Actualisation du taux de change appliqué à la réserve obligatoire en devises, cristallisée en franc congolais depuis 2021, avec une ponction de 371 milliards CDF.
– Réorganisation plus transparente du marché des changes.
– Amélioration globale de la gestion de la liquidité bancaire.
Face à ces indicateurs favorables, la BCC a décidé d’assouplir sa politique monétaire :
– Taux directeur abaissé de 25 % à 17,5 %, soit une réduction de 750 points de base.
– Facilité de prêt marginal ramenée de 30 % à 21,5 %, pour stimuler l’investissement et accompagner la croissance.
Dans sa note, le gouverneur Wameso a également formulé des recommandations stratégiques :
– Maintien d’une coordination étroite entre politique budgétaire et monétaire.
– Surveillance renforcée du marché de change et du secteur bancaire.
– Promotion de la diversification économique par l’agriculture et les services, afin de réduire la dépendance au secteur extractif.
En dévoilant sa note d’information lors de la 62ᵉ réunion du Conseil des ministres, la Banque Centrale du Congo ne s’est pas contentée de commenter les indicateurs : elle a affirmé une posture, tracé une trajectoire et assumé une stratégie. L’appréciation du franc congolais, la décrue de l’inflation et l’assouplissement du taux directeur ne relèvent pas d’un simple ajustement technique, mais d’un repositionnement monétaire assumé, porteur d’ambitions souveraines. Reste à savoir si cette dynamique pourra s’inscrire dans la durée, à condition que la coordination institutionnelle, la transparence des marchés et la diversification économique ne soient pas de simples recommandations, mais des impératifs politiques.
Merveille Maleya


