Depuis plus de six mois, la République démocratique du Congo est confrontée à une anomalie administrative devenue chronique : l’impossibilité pour les citoyens ayant des véhicules d’obtenir des plaques d’immatriculation. Derrière ce blocage, un imbroglio institutionnel mêlant changement de prestataire, protocole d’accord non signé et silence ministériel. Mais au-delà du dysfonctionnement technique, c’est une mécanique de privilèges et de contournements qui s’installe — révélatrice d’un État à géométrie variable.
La Direction générale des impôts (DGI) a changé de société chargée de produire les plaques. Jusque-là, rien d’anormal. Mais le protocole d’accord nécessaire à la mise en œuvre du nouveau système reste bloqué : le ministre des Finances tarde de le signer. Aucune explication officielle, aucun débat public. Ce silence, lourd de conséquences, transforme une réforme logistique en crise de gouvernance.
Dans ce vide administratif, des circuits parallèles émergent. Certains citoyens, disposant de connexions dans l’administration, obtiennent des plaques par des voies informelles. Plus grave encore : des plaques réservées aux ministères sont attribuées à des particuliers sans fonction publique. L’usurpation d’identité institutionnelle devient pratique courante, brouillant les repères et sapant la légitimité des contrôles.
> « Ce n’est plus une question de service public, c’est une question de privilège. Ceux qui ont des relations roulent, les autres attendent ».
L’absence de communication du ministère des Finances interroge : pourquoi la signature de protocole tarde? Quels intérêts sont en jeu ? Et surtout, pourquoi l’État accepte-t-il que des plaques officielles circulent hors de tout cadre légal ? Ce silence, loin d’être neutre, alimente la défiance et fragilise l’autorité publique.
En définitive, cette affaire dépasse la question des plaques. Elle illustre une dérive plus profonde : celle d’un État qui peine à assumer ses fonctions régaliennes, qui laisse se développer des zones grises administratives, et qui tolère — voire alimente — des logiques de contournement. Dans une République fondée sur le droit, l’immatriculation ne devrait jamais être un privilège. Or, aujourd’hui, elle l’est.
Merveille Maleya


