Le football congolais traverse une zone de turbulence inédite. Ce qui aurait pu rester une querelle sportive s’est mué en crise institutionnelle, révélant les failles d’un système où les intérêts privés semblent avoir pris le pas sur les règles collectives. Au centre du séisme : le TP Mazembe, son président Moïse Katumbi, et une FECOFA en perte de légitimité.
La saison 2024–2025 du championnat national s’est arrêtée brutalement à quelques encablures de son terme. Alors que 85 % des matchs avaient été disputés, la Fédération congolaise de football (FECOFA) a validé un classement provisoire, reléguant le TP Mazembe derrière ses concurrents. Ce classement, soutenu par une majorité de clubs, a été immédiatement contesté par Mazembe, qui a saisi le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) pour en exiger l’annulation.
Ce recours a plongé le football congolais dans l’incertitude. Faute de liste officielle dans les délais requis, la Confédération africaine de football (CAF) a exclu les clubs congolais des compétitions interclubs pour la saison à venir. Une sanction lourde, qui dépasse le cadre sportif et entame la crédibilité du pays sur la scène continentale.
Le traitement accéléré du dossier par le TAS — quelques jours au lieu des semaines habituelles — soulève des interrogations sur l’indépendance de la justice sportive. D’autant que Mazembe avait déjà bénéficié d’une homologation favorable lors d’une saison interrompue, alimentant le soupçon d’un traitement différencié selon le poids institutionnel des acteurs.
La FECOFA, quant à elle, apparaît affaiblie, incapable d’imposer une ligne claire face à un club dont l’influence dépasse le cadre sportif. Ce déséquilibre structurel entre les institutions et les puissances privées met en péril la gouvernance du football congolais.
L’absence des clubs congolais des compétitions africaines ne constitue pas seulement une sanction sportive : elle prive la jeunesse d’un horizon, les supporters d’un rêve, et le pays d’un levier diplomatique et symbolique. Depuis plus de deux décennies, la RDC s’est imposée comme une nation incontournable du football africain. Cette rupture marque un recul historique.
Ce conflit révèle une urgence : celle de refonder les mécanismes de régulation du sport congolais. Il ne s’agit plus de trancher entre un club et une fédération, mais de restaurer une architecture institutionnelle capable de résister aux pressions, de garantir l’équité, et de préserver l’intérêt national.
Le football, miroir de la société, ne peut survivre à la confiscation de ses règles. Il appartient désormais aux autorités sportives, nationales et continentales, de rétablir la confiance, de clarifier les procédures, et de rappeler que le jeu ne peut être l’otage des ambitions personnelles.
La Transparence


