Ce mercredi, dans les coulisses du ministère de l’Économie nationale, une réunion technique a marqué le début d’un chantier urbain aux résonances politiques profondes. Présidée par Albert Kasongo Mukonzo, directeur de cabinet du vice-premier ministre Daniel Mukoko Samba, la rencontre a posé les fondations d’un projet inédit : l’aménagement structuré des espaces de vente pour les commerçants informels le long des grands axes de la capitale.
Objectif affiché : inclusion économique et modernisation urbaine. Objectif implicite : reconfiguration du pouvoir spatial.
Le projet se présente comme une double promesse :
– Offrir aux vendeurs un cadre sécurisé, digne et accessible pour exercer leurs activités.
– Redonner à Kinshasa une allure de capitale moderne, compétitive et attractive.
Mais derrière cette rhétorique institutionnelle, une opération de fond se dessine : reprendre le contrôle des marges, discipliner les flux, et réécrire la cartographie du commerce populaire.
Le choix de la commune de Limete pour le lancement du projet n’est pas anodin. La 7ᵉ Rue, saturée de flux humains et de micro-échanges, devient le prototype d’un urbanisme de rupture. Ici, l’État ne construit pas seulement des étals : il tente une greffe politique — injecter du formel dans l’informel sans provoquer de rejet social.
Dans les prochains jours, un comité technique sera mis en place. Sa mission : coordonner les actions, embellir la ville, mais surtout accompagner la migration des acteurs informels vers un secteur formel balisé par l’État. Une opération délicate, où chaque décision pourrait redéfinir les frontières de l’inclusion urbaine.
Ce qu’il faut retenir :
– “Kinshasa ne nettoie pas ses trottoirs, elle redéfinit qui a droit à la ville.”
– “La 7ᵉ Rue devient le théâtre d’une reconquête symbolique : entre chaos marchand et ordre institutionnel.”
– “Formaliser, c’est filtrer. Et filtrer, c’est choisir qui reste visible.”
Ce projet n’est pas qu’un aménagement : c’est une tentative de réconciliation entre la ville officielle et sa réalité souterraine. Kinshasa entre dans une phase de chirurgie urbaine — et chaque trottoir devient un champ de bataille symbolique.
Merveille Maleya


