Une émission annoncée, une polémique déclenchée, et une question brûlante : qui a le droit de parler au nom du Gouvernement ?
La Cellule de Communication présidentielle a récemment dévoilé un nouveau format audiovisuel intitulé “Au cœur du Conseil des Ministres”. Présentée comme une initiative stratégique, cette émission soulève pourtant un débat juridique et institutionnel de fond. Car derrière les caméras, c’est la Constitution qui vacille.
Ce que dit la loi : un monopole ministériel
L’article 93 de la Constitution congolaise est formel : « Les comptes rendus des réunions du Conseil des Ministres sont faits par le Ministre ayant la Communication et les Médias dans ses attributions. »
Ce texte consacre une exclusivité : seul le Ministre de la Communication et Médias est habilité à restituer les travaux du Conseil des Ministres.
Ni la Présidence, ni ses collaborateurs, ne peuvent légalement commenter ces délibérations. La communication gouvernementale n’est pas un terrain partagé. C’est une compétence régalienne.
La Cellule présidentielle : entre valorisation et confusion
La Cellule de Communication du Chef de l’État joue un rôle essentiel dans la mise en valeur de son image et de son action. Mais elle n’est ni un ministère, ni un organe délibérant. Son mandat s’arrête là où commence la collégialité gouvernementale.
En s’aventurant sur le terrain des comptes rendus ministériels, elle brouille les repères et installe une confusion entre deux sphères distinctes : la Présidence et le Gouvernement.
Une émission, trois dérives
L’émission “Au cœur du Conseil des Ministres” soulève trois alertes majeures :
– Immixtion dans les compétences d’un ministère régalien
– Confusion dans la communication officielle de l’État
– Violation de la séparation fonctionnelle entre Présidence et Gouvernement
Ce n’est pas l’idée d’informer qui est en cause, mais le canal choisi et l’autorité qui s’en empare.
Légalité : le socle de toute action publique
Dans un État de droit, toute initiative institutionnelle doit reposer sur un texte juridique: Constitution, Ordonnance, Décret ou Arrêté.
Or, à ce jour, aucun acte ne confère à la Directrice de la Communication présidentielle le pouvoir de commenter les décisions du Conseil des Ministres.
Présenter cette émission comme une « initiative stratégique » ne suffit pas. L’absence de base légale transforme l’innovation en infraction.
Pourquoi ce débat est crucial
Au-delà de l’émission, c’est la santé de nos institutions qui est en jeu. Quand les rôles se chevauchent, quand les textes sont contournés, la gouvernance perd en clarté, en crédibilité, et en légitimité. La bonne gouvernance ne se mesure pas à la qualité d’un plateau télé, mais à la rigueur dans le respect des fonctions et des textes.
À retenir
Point clé : Enjeu
Article 9: Répartition claire des compétences
Cellule présidentielle: Rôle limité à la valorisation de l’image
Émission annoncée: Risque de confusion et d’usurpation
Absence de texte juridique: Illégalité de l’initiative
Bonne gouvernance: Nécessite respect des textes et des rôles
La communication institutionnelle est un acte politique autant que juridique. Elle ne peut être improvisée, même au nom de la transparence. Respecter les textes, c’est protéger l’État. Et dans un contexte de fragilité institutionnelle, chaque mot prononcé au nom du Gouvernement doit être juridiquement fondé et politiquement légitime.
Merveille Maleya


