À Kinshasa, les sinistrés survivent sous les bâches pendant que le pouvoir s’offre une mise en scène.
Trois mois sous des bâches. Trois mois à espérer que la promesse d’un toit ne se réduise pas à une ligne dans un communiqué. Et maintenant, le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, annonce un « retour progressif » des sinistrés. En façade, un geste d’apaisement. En réalité, un écran de fumée.
Le 17 juin, au stade Tata Raphaël, l’annonce aurait pu marquer un tournant. Mais à écouter les mots choisis — évaluations techniques, zones à risque, comité chargé de suivre — on comprend vite que la langue politique tente surtout de couvrir le vide opérationnel. Aucun plan de reconstruction, aucune réhabilitation des quartiers, aucun critère clair pour identifier qui peut rentrer, quand, et comment. Juste une attente qui s’éternise sous des bâches devenues symboles d’abandon.
Sur le terrain, l’urgence est crue : des familles qui dorment sur des cartons, se battent pour un seau d’eau, et survivent sans soutien. Alors que le gouvernement parle de « retour », les sinistrés, eux, parlent de survie. Peut-on sérieusement évoquer un retour quand rien n’a été reconstruit ? Quand l’État, incapable d’assurer le minimum, se réfugie derrière les périphrases pour masquer son inaction ?
Ce prétendu « retour progressif » n’est pas une réponse. C’est un storytelling de crise, une tentative maladroite de restaurer la crédibilité politique d’un pouvoir plus pressé de soigner son image que de réparer les vies.
Dans ce théâtre bureaucratique, la dignité humaine devient décor, et les cris des oubliés peinent à percer le brouhaha des conférences de presse.
Merveille Maleya


