Un discours enflammé, une vision martiale, des promesses à l’échéance floue… Le 15 juin 2025, à la tribune du lancement de la Coalition de la Gauche Congolaise (CGC), Jean-Marc Kabund a réveillé un vieux mythe congolais : celui de la grandeur militaire comme raccourci vers la souveraineté.
Il n’occupe aujourd’hui aucun poste exécutif. Pourtant, l’ancien président intérimaire de l’Assemblée nationale propose de refonder l’armée congolaise à coups de bataillons massifs, de doctrine préventive, et d’ambitions stratégiques à trente ans. Une armée de 750 000 hommes ? Des armes « stratégiques » ? Des frappes anticipées en cas de menace perçue ? Le propos claque, mais soulève un flot de questions.
À quel titre Kabund s’engage-t-il sur une doctrine militaire aussi lourde de conséquences ? Ni ministre, ni président, ni officier supérieur, il parle en chef de parti — donc sans pouvoir d’action direct. Son projet soulève alors une question simple mais essentielle : A-t-on encore besoin d’autorité institutionnelle pour redessiner la sécurité nationale, ou suffit-il aujourd’hui d’un micro et d’un slogan martial ?
L’horizon annoncé de dix ans débute-t-il à partir du 15 juin 2025, date de son discours ? Ou s’agit-il d’un délai conditionné à un futur pouvoir ? Sans point d’ancrage, la promesse devient un mirage mobile. Loin d’un calendrier rigoureux, elle s’apparente à une échéance creuse, taillée pour alimenter les discours sans engager la moindre responsabilité politique.
Sur le fond, l’idée d’une armée forte et souveraine n’est pas condamnable. Mais Kabund évite soigneusement les détails les plus concrets : quels financements ? Quel tissu industriel ? Quel plan de professionnalisation des troupes ? Quelle réforme de la chaîne logistique ? Rien. Si bien que le discours prend des airs de diversion rhétorique : pendant qu’on parle de fusées, on évite de parler d’écoles, de justice, de fiscalité ou de gouvernance.
L’élément le plus déroutant du propos est sans doute la glorification d’une guerre préventive érigée en devoir patriotique. Cette posture place la RDC en rupture avec ses engagements diplomatiques et fait peser un lourd risque régional. Peut-on se prétendre artisan de la paix tout en érigeant l’attaque en doctrine ? La question mérite d’être posée.
Au lieu d’une armée géante dessinée dans les discours, la RDC a surtout besoin d’institutions solides, de leviers économiques souverains et d’une justice crédible. Le reste — blindés, casernes et missiles — viendra si l’État redevient État. Sinon, même un million de soldats ne protégeront qu’un édifice de carton.
Merveille Maleya


