Il y a des phrases qui sonnent comme des détonations. Celle prononcée à Washington par Kikaya Bin Karubi, conseiller historique de Joseph Kabila, en fait partie. En affirmant que les objectifs de l’ex-président « ne sont pas incompatibles avec ceux de l’AFC/M23 », il a brisé une digue républicaine. Ce n’est pas une déclaration : c’est une déflagration politique.
Car ce que le président Tshisekedi dénonçait depuis des mois — que l’AFC n’est qu’un habillage institutionnel du M23, lui-même instrumentalisé par le camp Kabila — vient d’être confirmé de la bouche d’un proche du principal intéressé. Ce que d’aucuns qualifiaient de stratégie d’accusation devient désormais un aveu — volontaire ou non — d’une compromission gravissime.
Joseph Kabila, artisan autoproclamé de la souveraineté nationale, s’aligne aujourd’hui sur les « objectifs » d’une rébellion accusée de crimes contre l’humanité. Comment passe-t-on, en moins d’une décennie, de celui qui mobilisait la communauté internationale pour écraser le M23 à celui dont l’entourage justifie sa convergence avec ses successeurs ?
La réponse est moins morale que stratégique. Faute d’espace démocratique où exister, le kabilisme semble avoir basculé dans une logique de sabotage institutionnel. Et à défaut de reconquête politique, c’est le chaos qui devient levier de retour.
Kikaya ne parle jamais par accident. Chaque mot est pesé, chaque déclaration calibrée. En tenant ces propos, il désigne implicitement le camp Kabila comme partenaire d’une solution armée, au mépris des mécanismes républicains. C’est une rupture avec la démocratie — et une reconnaissance tacite que l’opposition portée par ce courant a choisi la route des kalachnikovs, faute d’avoir gagné celle des urnes.
Et ce glissement n’est pas sans conséquence. Il fracture la légitimité du débat politique, déshabille l’idée d’opposition républicaine, et jette un discrédit lourd sur tout projet alternatif porté depuis l’extérieur du pouvoir. Car pactiser — même idéologiquement — avec un groupe en guerre contre la nation, c’est en trahir les fondements.
Tshisekedi avait raison. Derrière l’AFC, il n’y avait pas qu’un discours de paix tordu — il y avait la main d’un ancien président prêt à faire vaciller la République pour ne pas disparaître de la scène.
Merveille Maleya


