La récente sortie de Jean-Marc Kabund — affirmant que la construction d’universités à Mbuji-Mayi et Kananga ne constitue pas une urgence face à la misère sociale — dépasse la simple joute politique. Elle expose une fracture idéologique brutale : d’un côté, le poids d’un passé minier épuisé ; de l’autre, l’exigence d’un futur fondé sur l’intelligence.
Le mirage d’hier : Le diamant comme seul horizon
Pendant des décennies, le Grand Kasaï a vécu sous l’hypnose du diamant. Cette richesse immédiate, mais prédatrice, a imposé un modèle où l’éducation était perçue comme un luxe secondaire. Aujourd’hui, les carrières se sont taries et le modèle s’est effondré. En opposant le « ventre » à « l’esprit », Kabund s’accroche à ce paradigme révolu : celui d’un peuple condamné à l’extraction plutôt qu’à la conception.
L’impératif de demain : La compétence comme seule survie
Face à ce constat, l’université n’est pas une option esthétique, elle est la condition sine qua non de l’émancipation. À l’heure d’un marché du travail mondialisé, minimiser l’importance du savoir revient à désarmer notre jeunesse. Le contraste est ici cinglant :
La vision Kabund : Soulager la détresse d’aujourd’hui par des mesures de survie.
La vision de l’avenir : Briser le cycle de la dépendance en créant une élite locale capable de transformer son propre destin.
Le coût de l’absence : Un chèque en blanc à l’exclusion
Le véritable enjeu n’est pas de savoir si l’université est une priorité, mais de comprendre que son absence est une sentence d’exclusion. En tournant le dos à l’enseignement supérieur, on ne règle pas la faim ; on garantit qu’elle se transmettra à la génération suivante. La crédibilité des leaders se joue ici : dans leur capacité à ne pas sacrifier le capital humain du pays sur l’autel d’un populisme de l’urgence.
La polémique dépasse désormais le cadre partisan. Elle sépare les nostalgiques des ressources du sous-sol de ceux qui savent que le seul capital inépuisable de la RDC réside dans son intelligence collective. Sans universités, le Congo ne sera qu’un témoin du monde moderne ; avec elles, il en sera un acteur.
MMN


