Le 24 avril 1990, au Palais de la N’Sele, Mobutu Sese Seko jouait sa dernière grande scène. Entre deux trémolos et une larme calculée, le Maréchal lâchait du lest : fin du parti unique, bonjour le multipartisme. Rupture historique ? Plutôt un saut dans l’inconnu dicté par la peur. Mobutu ne s’ouvrait pas à la démocratie par conviction, il capitulait sous les coups de boutoir de la chute du mur de Berlin, du spectre de l’exécution de Ceaușescu et du chantage des bailleurs de fonds. Le multipartisme zaïrois n’est pas né d’un projet mûri, il a été extrait aux forceps.
L’inflation des sigles, la faillite des idées
Trente-six ans plus tard, la RDC a accouché d’un monstre bureaucratique : près de 900 partis politiques. En théorie, c’est le pluralisme. En pratique, c’est une foire d’empoigne où la quantité a définitivement tué la qualité. Ce qui devait être un débat d’idées est devenu un catalogue de dérives :
Le culte de l’ego : Le parti n’est plus une école de pensée, mais l’écurie privée d’une « autorité morale ». Sans le chef, le parti n’est qu’une coquille vide.
Le vide doctrinal : Droite ? Gauche ? Centre ? En RDC, ces mots sont des antiquités. La plupart des formations se contentent de slogans creux et d’une idéologie « alimentaire ».
L’opportunisme comme boussole : Les alliances se nouent et se dénouent au gré des ministères à pourvoir. On ne défend pas une vision, on négocie un ticket d’entrée au buffet du pouvoir.
Le flou artistique : Les regroupements électoraux ont achevé de rendre le paysage politique illisible. Un véritable labyrinthe où l’électeur se perd, mais où le politicien se retrouve toujours.
L’absurde comme norme : quand les contraires s’épousent
Dans une démocratie qui se respecte, on s’allie par affinité idéologique. En RDC, on s’allie par nécessité de survie, au mépris de toute logique.
Prenez le MLC : de tradition libérale, il devrait, par essence, s’opposer frontalement à l’UDPS et sa fibre sociale-démocrate. Dans un monde normal, ces deux-là se battraient sur la vision de l’État. Chez nous ? Ils cohabitent selon la météo politique et les calculs de postes.
Regardez le PPRD : héritier d’une ligne étatiste et conservatrice, il devrait paradoxalement trouver des terrains d’entente avec l’UDPS sur les questions sociales. Mais non. Ils se font la guerre, non pas pour des divergences de programmes, mais pour savoir qui tiendra le sceptre.
Un pluralisme de façade pour une démocratie en panne
Trente-six ans après le discours de N’Sele, le miroir est brisé. La conquête démocratique a dévié vers une inflation de boutiques politiques sans âme, où le positionnement individuel a remplacé la vision nationale. Nous avons multiplié les logos, mais nous avons oublié de bâtir des institutions.
Le défi n’est plus de savoir combien de nouveaux partis seront créés d’ici demain, mais de savoir quand nous cesserons de prendre la politique pour un jeu de chaises musicales. Tant que le clientélisme sera la seule règle du jeu, le 24 avril restera une promesse trahie.
Le Maréchal avait ouvert une porte. Trente-six ans plus tard, nous sommes toujours sur le seuil, à nous disputer les clés d’une maison que nous refusons de construire.
La Transparence


