Dans une province déjà meurtrie par la guerre, la politique vient creuser une nouvelle fracture. Ce mardi 21 avril, plusieurs députés provinciaux ont déposé une motion de censure contre le gouverneur Jean-Jacques Purusi. L’acte, posé à Uvira — devenue capitale provisoire depuis la chute de Bukavu —, illustre l’ampleur de la crise : l’appareil d’État provincial se déchire alors qu’une grande partie du territoire échappe au contrôle de Kinshasa.
Les élus reprochent à Purusi une gestion budgétaire opaque et une incapacité chronique à répondre aux besoins élémentaires de la population. Pour les signataires, le gouverneur n’a pas su transformer les ressources provinciales en infrastructures de base, laissant les administrés dans une précarité aggravée par les déplacements forcés et l’insécurité galopante.
Cette motion s’inscrit dans un climat de rivalités internes délétères. Le vice-gouverneur Jean-Jacques Elakano, membre de l’AFDC de Modeste Bahati Lukwebo, s’oppose désormais frontalement au gouverneur. Les débats nationaux sur la révision constitutionnelle ont accentué ces clivages locaux, transformant la détresse sécuritaire en un terrain de manœuvres politiciennes.
Depuis fin 2025, l’AFC/M23 occupe des zones stratégiques du Sud-Kivu. Jean-Jacques Purusi lui-même a récemment reconnu que la rébellion détourne chaque mois près de 20 millions de dollars de recettes locales vers le Rwanda. Un aveu d’impuissance qui met en lumière l’effondrement des autorités provinciales face à une économie de guerre qui saigne la région.
Au final, cette motion de censure dépasse le simple affrontement partisan : elle révèle une province où la gouvernance et la sécurité ont sombré simultanément. Entre accusations de corruption, guerres d’ego et domination rebelle, le Sud-Kivu apparaît comme un territoire à la dérive, dont la population demeure la principale sacrifiée.
Merveille Maleya


