RDC: Nous avons prié, maintenant il faut bâtir

RDC: Nous avons prié, maintenant il faut bâtir

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La République démocratique du Congo est l’un des pays les plus riches du monde. C’est une phrase que l’on répète comme un mantra, un fétiche verbal censé conjurer la pauvreté ambiante. Pourtant, cette richesse proclamée contraste cruellement avec la réalité vécue : routes défoncées, hôpitaux sans médicaments, écoles sans bancs, villes sans eau ni électricité. Comment expliquer qu’un pays aussi gorgé de ressources naturelles reste aussi structurellement appauvri ? Et surtout, jusqu’à quand allons-nous accepter cette contradiction comme une fatalité ?

Le Congo exporte du cuivre, du cobalt, de l’or, du coltan, du diamant, du bois, de l’eau, et bientôt de l’hydrogène vert. Mais il importe du riz, du sucre, du ciment, des médicaments, des ordinateurs, des téléphones, des voitures, des idées. Le pays vend la matière brute et achète la transformation. Il vend la terre et achète le béton. Il vend la forêt et achète le papier. Il vend le cobalt et achète les batteries. Il vend l’avenir et achète la survie.

Pendant ce temps, le Japon, archipel sans ressources minières, s’impose comme une puissance industrielle. La Namibie, pays semi-désertique, affiche des routes impeccables, des villes propres, une administration stable. Ces pays n’ont pas notre sous-sol, mais ils ont ce que nous avons perdu : une vision, une rigueur, une volonté de bâtir.

Prenons un exemple concret. Kinshasa, capitale de la RDC, compte plus de 15 millions d’habitants. Pourtant, elle reste une ville sans plan d’urbanisme, sans transport public structuré, sans système d’assainissement digne de ce nom. Les routes sont criblées de nids-de-poule, les marchés débordent sur les chaussées, les inondations transforment les quartiers en marécages à la moindre pluie. L’éclairage public est un luxe, l’eau potable une loterie, l’électricité une rumeur.

À 2 500 kilomètres de là, Windhoek, capitale de la Namibie, compte à peine 500 000 habitants. Et pourtant, elle offre des routes bien entretenues, des quartiers planifiés, des services publics fonctionnels, une propreté urbaine remarquable. Ce n’est pas une question de population. C’est une question de gouvernance.

Le drame congolais n’est pas seulement économique. Il est moral. Il est politique. Il est éthique. Depuis des décennies, une grande partie de notre élite dirigeante s’est spécialisée dans l’art du détournement, de la prédation, de la jouissance immédiate. Les budgets disparaissent, les projets s’évaporent, les promesses s’effondrent. On construit des villas à Dubaï, mais pas de ponts sur la N’Djili. On achète des jeeps blindées, mais pas d’ambulances. On finance des campagnes, mais pas des écoles.

La médiocrité est devenue système. L’impunité, une norme. L’indifférence, une posture. Et pendant ce temps, le peuple piétine dans la boue, meurt dans les hôpitaux, s’épuise dans les embouteillages, survit dans l’obscurité.

En RDC, les églises poussent plus vite que les écoles. Chaque quartier compte ses temples, ses croisades, ses veillées. La foi est profonde, sincère, enracinée. Mais elle est souvent déconnectée de l’action. On prie pour que Dieu répare les routes, soigne les malades, construise les écoles, chasse les voleurs. On prie pour que le miracle remplace le plan, que l’onction remplace la compétence, que la prophétie remplace la politique publique.

Mais Dieu ne construit pas les routes. Ce sont les ingénieurs. Dieu ne soigne pas les malades. Ce sont les médecins. Dieu ne transforme pas le cobalt en batterie. Ce sont les chercheurs, les techniciens, les industriels. Une nation sans œuvre est une nation en errance.

Il ne s’agit plus de dénoncer seulement. Il faut construire. Il faut exiger. Il faut refuser la médiocrité comme norme. Le changement ne viendra pas d’un homme providentiel, ni d’un bailleur, ni d’un miracle. Il viendra d’un peuple qui se lève, qui s’organise, qui pense, qui agit.

Nous devons exiger des routes, pas des promesses. Des écoles, pas des slogans. Des hôpitaux, pas des meetings. Des usines, pas des discours. Des plans, pas des prières seules. Il est temps de sortir de l’enfance politique. De passer du statut de peuple assisté à celui de peuple acteur.

Le monde change. La transition énergétique mondiale fait du cobalt congolais un enjeu stratégique. Les puissances se bousculent à nos portes. Mais si nous ne changeons pas notre rapport à nous-mêmes, à nos ressources, à notre avenir, nous resterons les spectateurs de notre propre spoliation.

Le Japon nous enseigne que la pauvreté en ressources n’est pas une condamnation. La Namibie nous montre que la rigueur vaut plus que l’abondance. Et la RDC nous rappelle que la richesse sans conscience est une illusion.

Nous avons assez prié. Maintenant, il faut bâtir. Et exiger des comptes à ceux qui nous gouvernent.

Merveille Maleya

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