Kinshasa: Quand l’image du pays s’effondre dès la première pluie

Kinshasa: Quand l’image du pays s’effondre dès la première pluie

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« RDCongo, au cœur de l’Afrique » : le slogan est beau, ambitieux, presque lyrique. Il évoque une terre d’accueil, de centralité géographique, de rayonnement continental. Mais à peine franchi le seuil de Kinshasa, la capitale censée incarner cette promesse, le visiteur est confronté à une réalité brutale : routes éventrées, ordures à ciel ouvert, insécurité rampante, et une ville qui se noie à chaque averse. L’image du pays s’écroule là où elle devrait briller.

Il suffit d’une pluie modérée pour que Kinshasa devienne impraticable. Les avenues Kambabare, Kabinda, Nyangwe, Kalembelembe, komoriko, OUA ou encore le boulevard Lumumba vers le saut-de-mouton, se transforment en pièges boueux, en torrents d’eaux sales, en scènes de naufrage urbain. Les taxis refusent d’y circuler, les piétons pataugent, les enfants manquent l’école, les travailleurs restent bloqués chez eux. La pluie, au lieu de rafraîchir la ville, la révèle dans toute sa vulnérabilité.

Les caniveaux, censés drainer les eaux, sont bouchés par des tonnes d’immondices. Les marchés dégorgent leurs déchets dans les rivières urbaines. Les quartiers populaires deviennent des marécages. Et pendant ce temps, les autorités observent, impuissantes ou indifférentes.

Depuis plus d’un an et demi, les grands axes de Kinshasa sont en travaux. Mais ces chantiers, au lieu de symboliser le progrès, incarnent l’abandon. Aucun calendrier clair, aucune transparence sur les entreprises adjudicataires, aucun suivi visible. Les travaux commencent, s’interrompent, reprennent, puis stagnent. Le bitume est arraché, les trottoirs éventrés, les déviations improvisées.

Le boulevard Lumumba, colonne vertébrale de la ville, est devenu un calvaire quotidien. Les avenues secondaires, censées absorber le trafic, sont elles-mêmes en ruine. Kinshasa est une capitale en chantier permanent, mais sans cap.

Il serait trop facile de tout imputer aux autorités. Car une partie de la population participe activement à la dégradation de la ville. Les ordures jetées dans les caniveaux, les sacs plastiques abandonnés dans les rues, les marchés transformés en décharges… tout cela est aussi le fruit d’un laisser-aller collectif, d’un effondrement du civisme, d’une banalisation du désordre.

Mais cette responsabilité populaire ne saurait exonérer l’État. Car l’autorité publique a pour mission d’éduquer, de sanctionner, d’organiser. Où sont les campagnes de sensibilisation ? Où sont les amendes ? Où sont les brigades de salubrité ? Où est la police administrative ? L’État est absent, et cette absence nourrit l’anarchie.

Depuis son investiture en juin 2024, le gouverneur Daniel Bumba Lubaki peine à imprimer sa marque. Malgré les promesses de transformation, malgré les descentes médiatisées sur les chantiers, la réalité du terrain reste inchangée, voire aggravée. Les Kinois n’attendent plus des discours, mais des résultats. Et pour l’instant, ils ne voient que de la poussière, des flaques, des embouteillages et des ordures.

Le gouverneur semble naviguer à vue, sans plan directeur, sans vision urbaine, sans autorité réelle. Son silence face à l’inaction des entreprises, à l’indiscipline des citoyens, et à l’effondrement de l’image de la ville, devient complice.

Comment vendre la RDC comme destination touristique, économique ou diplomatique, quand sa capitale repousse au lieu de séduire ? Comment attirer des investisseurs quand les routes sont impraticables ? Comment accueillir des délégations étrangères quand les hôtels sont encerclés par les ordures ? Comment parler de développement quand la pluie suffit à paralyser la ville ?

Kinshasa est la vitrine du pays. Et aujourd’hui, cette vitrine est brisée.

L’État doit cesser d’être spectateur. Il doit redevenir garant de l’ordre, de la salubrité, de la mobilité. Il doit sanctionner ceux qui détruisent l’espace public, qu’ils soient citoyens négligents ou entrepreneurs défaillants. Il doit exiger des résultats de ses gouvernants, et non des slogans.

Kinshasa ne peut pas briller si elle est noyée dans la boue, les ordures et l’indifférence. Il est temps de reconstruire, non seulement les routes, mais aussi la conscience civique, la rigueur administrative, et l’autorité publique.

Car au cœur de l’Afrique, le cœur de la capitale bat de plus en plus faiblement.

Merveille Maleya

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