RVA : La digitalisation du Go-Pass sous perfusion d’opacité

RVA : La digitalisation du Go-Pass sous perfusion d’opacité

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Depuis plus de quinze ans, les voyageurs qui embarquent dans un aéroport congolais s’acquittent d’un droit de passage baptisé Go-Pass. Une taxe censée financer la modernisation des infrastructures aéroportuaires. Mais à force de promesses non tenues et de chiffres opaques, la question revient : à quoi sert réellement cet argent ?

En septembre dernier, la Régie des voies aériennes (RVA) a lancé un appel d’offres international pour digitaliser la collecte de cette redevance. Objectif affiché : mettre fin aux dérives, sécuriser les paiements, et restaurer la confiance. Les entreprises avaient jusqu’au 25 novembre pour soumettre leurs offres. Depuis, plus rien. Pas un mot sur les résultats. Pas même un accusé de réception public. Un silence qui rappelle un précédent appel d’offres, lancé en juin, lui aussi resté lettre morte.

Instauré en 2009, le Go-Pass — officiellement appelé Infrastructure Development Funds (Idef) — est facturé 50 dollars pour les vols internationaux, 10 pour les vols nationaux. Pour le fret, le tarif varie selon la nature et la direction du trafic. Sur le papier, ces fonds doivent servir à moderniser les aéroports. Dans les faits, leur traçabilité reste un casse-tête.

En 2021, un rapport du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) décrivait un système de perception digne d’un autre siècle : carnets papier, coupons à numéros de série dupliqués, absence de contrôle bancaire. Le rapport allait plus loin, évoquant une stratégie délibérée d’évitement des réconciliations bancaires, facilitant la dissimulation de recettes.

Lors d’une audition à l’Assemblée nationale en mai 2025, le directeur général de la RVA, Léonard Ngoma Mbaki — aujourd’hui suspendu — affirmait que le Go-Pass avait généré 363 millions de dollars depuis sa création. Il assurait que ces fonds avaient servi à garantir des prêts, à cofinancer des projets avec la Banque africaine de développement, et à entretenir des infrastructures techniques « invisibles à l’œil du passager mais essentielles ».

Mais sur le terrain, les aéroports congolais peinent toujours à répondre aux standards internationaux. Et les passagers, eux, continuent de payer — sans jamais voir où va leur argent.

La digitalisation annoncée pourrait, en théorie, changer la donne. Automatiser la collecte, tracer les flux, fermer les brèches. Mais encore faut-il que cette réforme aille au bout, qu’elle soit transparente, et qu’elle ne serve pas simplement à repeindre une façade déjà fissurée.

Car tant que les recettes du Go-Pass resteront à l’abri des regards, la modernisation des aéroports congolais restera une promesse suspendue. Une de plus.

Merveille Maleya

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