Patrick Muyaya, Vrai-Faux Communicant

Patrick Muyaya, Vrai-Faux Communicant

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Le récent déplacement du ministre congolais de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, accompagnant le président Félix Tshisekedi aux États-Unis pour la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda sous l’égide de Donald Trump, révèle une dissonance profonde entre l’intention diplomatique et l’exécution médiatique.

Le choix d’une délégation centrée sur des youtubeurs qualifiés abusivement d’« influenceurs » pour leur nombre d’abonnés (plus de 50 000), couplé à une communication menée « à la congolaise » et sans la présence de médias internationaux, soulève une question fondamentale :
Qu’est-ce qu’une communication diplomatique efficace, et quel est l’impact d’une stratégie aussi inadaptée au contexte international ?

Selon plusieurs observateurs, M. Muyaya s’est comporté en « vrai communicant » dans l’acte, mais en « faux communicant » dans les faits.

*Une diplomatie publique ignorée*

Un voyage aux États-Unis n’est pas une tournée intérieure. C’est une mission de diplomatie publique. Les règles du jeu y sont différentes : la cible prioritaire est composée de décideurs politiques, d’investisseurs, de think tanks et de l’opinion publique américaine. S’adresser uniquement à la diaspora ou à l’opinion nationale via des médias domestiques et des influenceurs ne permet pas d’atteindre ces groupes.

On aurait dû voir dans la salle, au-delà des journalistes congolais déportés pour l’occasion, des représentants de médias internationaux tels que CNN, The New York Times ou Reuters. Leur absence lors d’une conférence de presse formelle constitue une faute stratégique majeure.

*Une communication mal calibrée*

Utiliser un format « à la congolaise » – souvent perçu comme informel, peu structuré ou manquant de rigueur face aux standards internationaux – et, plus grave encore, ne pas communiquer en anglais, garantit que le message sera mal compris, déformé ou, plus probablement, ignoré par l’audience principale.

Une communication aussi mal exécutée a des répercussions directes et dommageables sur les relations extérieures du pays :

– Perte de crédibilité : sans relais dans les grands médias américains, le message du pays devient invisible.
– Image de non-professionnalisme : privilégier des youtubeurs sans légitimité diplomatique donne l’image d’un gouvernement qui ne prend pas au sérieux les règles de la communication internationale.
– Affaiblissement stratégique : une communication inefficace projette une image d’amateurisme, affaiblissant la position du pays dans les négociations.
– Vacuum informationnel : en l’absence d’un message officiel clair, ce sont les adversaires diplomatiques qui imposent leur narratif.

*Une opération d’image personnelle*

L’utilisation de la délégation nationale et le format « à la congolaise » suggèrent que l’objectif principal était de produire des images destinées à l’audience intérieure. Dans ce contexte, l’argent public est dépensé pour financer un voyage à la gloire personnelle du ministre, plutôt que pour défendre les intérêts stratégiques du pays à l’étranger.

Patrick Muyaya peut rentrer en RDC en prétendant avoir communiqué depuis les États-Unis, mais l’impact réel sur les décideurs américains est nul. Il a organisé un événement, mais il a échoué à communiquer efficacement dans un environnement diplomatique. Il a accompli l’acte de la communication sans en atteindre les objectifs stratégiques.

La communication diplomatique n’est ni un décor, ni un exercice de visibilité personnelle. Elle est un art stratégique, exigeant, qui suppose de comprendre les codes de l’arène internationale, d’en maîtriser les langages, les rythmes et les relais. Elle ne s’improvise pas, surtout lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts d’un État sur une scène aussi scrutée que celle de Washington.

En réduisant une mission diplomatique à une opération de communication intérieure, le ministre Patrick Muyaya a confondu cible et public, message et mise en scène. Il a parlé, mais pas aux bonnes oreilles. Il a montré, mais sans convaincre. Il a communiqué, mais sans diplomatie.

Or, dans un monde où l’image précède souvent le discours, ne pas savoir se faire entendre, c’est déjà perdre du terrain. La RDC mérite mieux qu’un récit autocentré. Elle mérite une parole qui porte, qui persuade, qui construit. Une parole qui, au lieu de flatter l’instant, prépare l’avenir.

Patrick Abely

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