Des accords signés sous les projecteurs, des chefs d’État alignés devant les caméras, des promesses de paix sans lendemain : la diplomatie africaine sous Donald Trump a souvent pris les allures d’un théâtre bien éclairé, mais aux coulisses vides.
Il y a des images qui marquent plus que les faits. Des photos de signatures, des drapeaux croisés, des sourires crispés. Sous l’ère Trump, la diplomatie africaine a souvent été convoquée non pour résoudre des conflits, mais pour produire des symboles. La paix y est devenue un décor, un slogan, parfois même un produit.
L’Afrique, rarement consultée, souvent instrumentalisée, s’est retrouvée au cœur d’une diplomatie de l’instant. Une diplomatie qui préfère les effets d’annonce aux processus de fond, les deals rapides aux dialogues durables.
En octobre 2020, le Soudan accepte de normaliser ses relations avec Israël. En retour, les États-Unis le retirent de leur liste noire des États soutenant le terrorisme. L’accord est présenté comme une avancée majeure. Mais dans les rues de Khartoum, la paix ne se voit pas. Les conflits internes persistent, les réformes attendues n’arrivent pas, et la transition politique reste fragile.
Ce n’est pas un processus de paix. C’est une troc. Un échange diplomatique scellé à Washington, sans débat public, sans implication des forces vives soudanaises. Le peuple, lui, n’a pas été consulté. L’accord a été signé, mais la guerre, elle, n’a pas été arrêtée.
Le 4 décembre 2025, à Washington, une autre scène se joue. Félix Tshisekedi et Paul Kagame signent un accord de paix sous l’égide de Donald Trump. L’événement se déroule à l’Institut Donald J. Trump pour la paix. Tout est orchestré : les caméras, les discours, les communiqués. Tout, sauf la réalité.
Aucune poignée de main. Aucun cessez-le-feu. Aucun silence des armes. Dans l’Est, les combats continuent. Les déplacés affluent. Les écoles ferment. L’accord, signé à des milliers de kilomètres du front, ne prévoit ni mécanisme de désescalade, ni retrait des troupes, ni dialogue avec les communautés affectées.
La paix est proclamée, mais elle n’est pas vécue. Elle est déclarée dans un salon feutré, pendant que les civils fuient les collines du Nord-Kivu.
Ce que ces deux épisodes révèlent, c’est une diplomatie qui privilégie l’instant sur le processus. Une diplomatie de l’image, où la signature vaut plus que le contenu. Où la paix devient un événement à médiatiser, non une dynamique à construire.
Dans les deux cas, les accords ont été signés à l’étranger, sans implication des sociétés civiles, sans ancrage dans les réalités locales, sans suivi. Ils ont offert à Donald Trump des images fortes. Aux peuples concernés, ils n’ont laissé que le silence.
Ces accords soulèvent une question plus large : quelle place l’Afrique occupe-t-elle dans les stratégies diplomatiques globales ? Est-elle un acteur souverain ou un simple figurant dans des récits écrits ailleurs ? Peut-on encore parler de paix lorsqu’elle est décidée sans les peuples, sans les territoires, sans les douleurs ?
La paix ne se signe pas. Elle se construit. Elle exige du temps, de la justice, de la mémoire. Elle ne peut être décrétée depuis un podium diplomatique. À défaut, les accords de paix sans paix ne sont que des illusions. Des promesses creuses. Des scènes bien éclairées, mais sans lendemain.
Merveille Maleya


