Alors que les combats s’intensifient dans l’Est de la République démocratique du Congo, une question fondamentale s’impose au sommet de l’État : le pays est-il dirigé comme une nation en guerre ? Ou persiste-t-on à gouverner selon les routines d’un État en paix, pendant que l’intégrité territoriale vacille et que la population paie le prix du flou stratégique ?
L’histoire récente offre un précédent qui mérite attention. En novembre 2020, l’Éthiopie s’est retrouvée confrontée à une insurrection armée d’une intensité inédite depuis la chute du Derg. Le TPLF, ancien parti dominant devenu mouvement rebelle, avait lancé une offensive contre le pouvoir central. Face à cette menace, le Premier ministre Abiy Ahmed a pris une décision sans ambiguïté : transformer son gouvernement en état-major de guerre.
Ce choix n’était pas rhétorique. Il s’est traduit par une centralisation du commandement, une réorientation des priorités budgétaires, une mobilisation diplomatique ciblée, et une communication de crise cohérente. Le Premier ministre lui-même s’est rendu sur le front, incarnant l’effort national. L’appareil d’État a été resserré autour d’un objectif unique : restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.
En RDC, le contraste est saisissant.
Malgré l’ampleur du conflit, l’exécutif congolais fonctionne encore selon les logiques du temps de paix. Le gouvernement reste pléthorique, éclaté, sans ligne stratégique lisible. Le Premier ministre n’incarne pas l’effort de guerre. Les ministères concernés agissent en ordre dispersé. La présidence elle-même oscille entre déclarations martiales et appels à la paix, sans jamais franchir le seuil d’un commandement de guerre assumé.
Or, la guerre ne se décrète pas. Elle se structure. Elle exige une réorganisation de l’État, une hiérarchie resserrée, une diplomatie de combat, une mobilisation nationale sincère. Elle exige surtout une volonté politique claire, incarnée, constante.
Plusieurs observateurs, dès janvier 2025, avaient proposé une voie : la formation d’un gouvernement de guerre, dirigé par un Premier ministre militaire capable de coordonner l’ensemble des leviers de l’État. Cette proposition, alors perçue comme radicale, apparaît aujourd’hui comme une évidence. Car le statu quo n’est plus tenable. L’ennemi avance, la population s’épuise, et la communauté internationale observe — sans illusion.
L’Éthiopie n’a pas gagné sa guerre par miracle. Elle l’a gagnée parce qu’elle a su, à un moment critique, transformer son mode de gouvernance pour répondre à l’urgence. La RDC, si elle veut éviter l’enlisement, doit tirer les leçons de cette expérience. Il ne s’agit pas d’imiter, mais de comprendre : en temps de guerre, l’État doit se faire guerre lui-même.
> “Seule la force impose le respect.”
Mais cette force ne peut être que le fruit d’une vision, d’une discipline, et d’un commandement assumé.
Monsieur le Président, l’histoire vous observe. Le moment est venu de choisir : gouverner la guerre ou la déléguer. L’Éthiopie, en son temps, a fait un choix. La RDC, aujourd’hui, ne peut plus se permettre l’ambiguïté.
La Transparence


