Alors que les Léopards de la RDC s’apprêtent à disputer, en mars 2026, la finale de barrage qualificative pour la Coupe du Monde, une voix du passé s’est invitée dans le débat. Constant Omari, ancien président de la FECOFA, a choisi ce moment pour critiquer la stratégie de sélection de l’équipe nationale, dénonçant la place accordée aux binationaux et le supposé abandon du football local. Une sortie qui, au-delà de son contenu, interroge sur sa légitimité, sa cohérence et ses véritables intentions.
Dans un pays où le football reste l’un des rares vecteurs d’unité, la parole d’un ancien dirigeant pèse. Mais encore faut-il qu’elle éclaire. Or, en s’attaquant à la sincérité des joueurs issus de la diaspora et à la vision du sélectionneur Sébastien Desabre, Omari ne propose rien. Il divise. Il oppose les « enfants du pays » aux « venus d’ailleurs », comme si l’identité nationale se mesurait à la fréquence des matchs joués à Kinshasa.
Le timing n’est pas neutre. À quelques mois d’un rendez-vous historique, cette prise de parole agit comme une dissonance. Elle ne mobilise pas : elle fragilise.
Omari plaide pour une sélection fondée sur les joueurs du championnat national. Mais de quel championnat parle-t-il ? Celui qu’il a dirigé pendant plus de quinze ans sans jamais parvenir à le structurer ? Celui dont les clubs sont en faillite chronique, sans infrastructures, sans calendrier stable, et dont les jeunes talents fuient dès qu’une opportunité extérieure se présente ?
Le recours aux binationaux n’est pas un choix idéologique, mais une réponse à l’effondrement du vivier local. Et faut-il rappeler que plusieurs cadres actuels — Chancel Mbemba, Elia Meschack, Fiston Mayele, Edo Kayembe, Cipenga — ont d’abord évolué dans le championnat congolais avant de s’exporter ? Le problème n’est pas leur origine. Le problème, c’est l’incapacité du système à les retenir.
Ce qui frappe dans la sortie d’Omari, c’est l’amnésie stratégique. L’homme qui dénonce aujourd’hui les binationaux est le même qui, à la tête de la FECOFA, a validé et soutenu des sélectionneurs comme Claude Le Roy et Florent Ibenge — deux techniciens dont les projets sportifs reposaient largement sur la diaspora congolaise. Sous sa présidence, ces choix n’ont jamais été remis en cause. Pire : ils ont été salués comme des stratégies gagnantes, notamment lors de la CAN 2015 où la RDC a atteint les demi-finales avec un effectif majoritairement formé à l’étranger.
Aujourd’hui, Omari félicite ces anciens sélectionneurs tout en attaquant Desabre pour avoir poursuivi la même ligne. Cette contradiction n’est pas une maladresse : elle trahit une volonté de réécriture de l’histoire.
Derrière cette critique, se dessine une tentative de réhabilitation personnelle. Écarté des sphères de pouvoir, affaibli sur la scène continentale, Omari cherche à redevenir central dans le débat footballistique. Mais au lieu de proposer une vision, il recycle des griefs. Au lieu de construire, il déconstruit. Sa parole n’est pas celle d’un bâtisseur, mais d’un homme en quête de revanche.
Le football congolais est à un tournant. À l’heure où les Léopards s’apprêtent à disputer une finale de barrage historique, chaque mot compte, chaque prise de parole engage. Dans ce contexte, la sortie de Constant Omari n’est pas seulement une erreur de jugement : elle incarne une vision révolue, celle d’un football confisqué par les egos, miné par les calculs personnels et incapable de se réinventer.
Ce n’est pas en regardant dans le rétroviseur que la RDC atteindra la Coupe du Monde. Ce n’est pas en opposant les fils du pays selon leur lieu de naissance qu’on bâtira une nation sportive forte. Ce n’est pas en sabotant l’élan collectif qu’on retrouvera la grandeur perdue.
Il est temps de tourner la page. De laisser le terrain aux bâtisseurs. Et de faire taire les voix qui, sous couvert de patriotisme, ne défendent que leur propre légende. Bref, le football congolais n’à pas besoin d’un Constant Omari.
Merveille Maleya


