Ils ont signé. Mais ils ne se sont pas salués. Pas de poignée de main, pas d’échange de regards. Une scène figée, presque glaciale, qui en dit long sur l’état réel des relations entre Kinshasa et Kigali. Derrière l’image, une vérité s’impose : la paix ne se décrète pas, elle se construit.
C’était censé être un moment de détente diplomatique, une étape vers l’apaisement. Pourtant, la signature de l’accord entre la République démocratique du Congo et le Rwanda a laissé un goût d’inachevé. Non pas à cause du contenu du texte, mais à cause de ce qui n’a pas eu lieu : un simple geste de courtoisie, une poignée de main entre les deux chefs d’État. Ce silence corporel, dans un monde où chaque mouvement est scruté, a résonné comme un aveu.
Les observateurs avertis n’y ont vu ni maladresse ni oubli. L’absence de contact physique entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame est un signal politique. Elle trahit une paix sous contrainte, dictée par les pressions internationales plus que par une volonté commune. Washington, Bruxelles et les capitales africaines ont multiplié les appels à la désescalade. Mais sur le terrain, les tensions restent vives, les accusations d’ingérence rwandaise dans l’Est congolais toujours d’actualité, et la confiance, elle, aux abonnés absents.
Dans les deux pays, les opinions nationales sont à cran. En RDC, la population exige des réponses face à l’insécurité persistante dans le Nord-Kivu. Au Rwanda, le pouvoir reste sur la défensive, accusé d’alimenter les violences par procuration. Dans ce contexte, une poignée de main aurait pu être interprétée comme une trahison, un renoncement, voire une capitulation. En s’y refusant, les deux présidents ont choisi de préserver leur posture de fermeté, quitte à sacrifier l’image d’un rapprochement sincère.
La diplomatie repose autant sur les mots que sur les symboles. Et dans ce cas précis, l’image a pris le pas sur le discours. La signature de l’accord, sans chaleur ni interaction, a mis en lumière une vérité brutale : les États peuvent s’engager, mais les hommes qui les dirigent ne se font pas confiance. La paix institutionnelle ne suffit pas à combler le fossé relationnel.
L’accord signé n’est qu’un cadre. Sa mise en œuvre dépendra de la volonté réelle des deux parties à désamorcer les tensions, à démobiliser les groupes armés, à restaurer la souveraineté de l’État congolais sur l’ensemble de son territoire. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, la paix restera une promesse fragile, suspendue à la moindre provocation.
La scène restera dans les mémoires non pour ce qu’elle a montré, mais pour ce qu’elle a tu. En diplomatie, le silence est parfois plus éloquent que les discours. Et dans ce cas, il a dit l’essentiel : la route vers la paix est encore longue, et elle ne passera pas seulement par des signatures, mais par des gestes de confiance. Ceux-là manquent encore cruellement.
Merveille Maleya


