Chaque soir, des badauds se rassemblent devant la résidence de Constant Mutamba, certains par simple curiosité, d’autres par reconnaissance. L’ancien ministre de la Justice est au cœur d’un scandale retentissant : un marché public de près de 19 millions de dollars, destiné à la construction d’une prison, aurait été alloué à Zion Construct, une société fictive sans salariés, sans expérience, ni capacité technique, créée par un de ses proches. Un affront à l’intelligence collective.
Ce qui est encore plus choquant, ce n’est pas l’opacité du contrat en elle-même, mais le soutien bruyant et assumé de citoyens qui se considèrent comme des défenseurs de l’État de droit. Comment des juristes, des universitaires et de jeunes diplômés peuvent-ils applaudir un homme politique accusé d’une tentative de détournement de fonds publics en toute impunité ?
L’affaire Mutamba dépasse le simple cadre judiciaire. Elle révèle une faille profonde dans notre conscience citoyenne : la normalisation de l’abus, la glorification du favoritisme et l’oubli volontaire des principes républicains. L’attribution de ce contrat sans appel d’offres constitue un cas d’école de tentative de détournement, un acte punissable par la loi congolaise au même titre qu’un vol consommé.
Le soutien populaire devient alors un écran de fumée qui masque les responsabilités et brouille les repères moraux. La gratitude de certains anciens prisonniers de Makala, libérés sous son mandat, peut-elle justifier le silence face à une telle dérive institutionnelle ?
Pendant ce temps, la jeunesse congolaise, en proie au chômage endémique, reste vulnérable. Privée de perspectives, elle devient malléable et soumise aux promesses politiques. Si elle canalisait la même énergie pour exiger des emplois, des réformes et de la reddition de comptes, elle constituerait une force redoutable. Malheureusement, l’oisiveté nourrit la dépendance, et la dépendance tue l’esprit critique.
Tant que la complaisance primera sur la rigueur et que les abus seront applaudis au lieu d’être dénoncés, le changement restera une illusion. La RDC ne se construira pas sur des compromissions, mais sur le courage de dire non, l’exigence de vérité et le refus de l’impunité.
Le procès Mutamba n’est pas qu’un simple dossier judiciaire. C’est un miroir tendu à la société congolaise, et ce qu’il reflète mérite toute notre attention.
Meveille MALEYA


