Ce n’est plus une initiative spirituelle. C’est une prise de position politique. Ce lundi, les Églises congolaises ont franchi un seuil inédit : elles ne supplient plus l’État, elles le remplacent. La Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), l’Église du Christ au Congo (ECC), la plateforme des confessions religieuses et la Coalition inter confessionnelle ont lancé un processus national de paix et de réconciliation qui redessine les lignes de pouvoir.
Leur projet, intitulé « Pacte social pour la Paix et le Bien-vivre ensemble », n’est pas un simple appel à la concorde. C’est une architecture politique, une stratégie de réparation, un acte de gouvernance. Dans un pays où les institutions peinent à incarner l’unité, les Églises proposent un calendrier, une méthode, une vision.
Le plan est structuré comme une dramaturgie nationale :
– Acte I : Un mois de la paix, avec des cultes œcuméniques sur tout le territoire — y compris dans les zones sous contrôle rebelle.
– Acte II : Un dialogue technique, confié à des experts pour poser les fondations du pacte.
– Acte III : Un dialogue politique inclusif, réunissant majorité, opposition, groupes armés et société civile.
– Acte IV : Une conférence internationale sur la paix dans les Grands Lacs, pour inscrire la démarche dans une logique régionale.
Chaque étape est pensée comme une réponse à l’effondrement des mécanismes institutionnels. Chaque geste religieux devient un acte de mémoire, de justice, de refondation.
Depuis décembre 2024, les Églises catholique et protestante ont préparé le terrain. Elles ont nommé 2025 « Année de la paix et du bien-vivre ensemble », publié une feuille de route, organisé des forums citoyens, remis un rapport au président Tshisekedi, et obtenu l’installation d’une commission présidentielle. Mais aujourd’hui, elles ne demandent plus : elles imposent.
Le Conseil Interreligieux Congolais, qui regroupe musulmans, kimbanguistes, pentecôtistes et autres mouvements, parle d’un instrument de pacification et de reconstruction nationale. En réalité, c’est plus qu’un instrument : c’est une alternative.
Le président est désormais sommé de répondre. Pas par décret, mais par acte symbolique. Les conclusions du processus lui ont été remises. La Belgique a salué l’initiative. Mais l’essentiel est ailleurs : l’État congolais est-il prêt à reconnaître que la paix ne vient plus de ses ministères, mais de ses marges?
Ce pacte religieux est un miroir tendu à la République. Il révèle ses absences, ses silences, ses renoncements. Et il propose autre chose : une diplomatie spirituelle, une gouvernance mémorielle, une refondation par le rituel.
MMN


