Le nom du camp Tshatshi est gravé dans la mémoire militaire du Congo. Mais qui était réellement Joseph-Damien Tshatshi, ce colonel au surnom évocateur de « le Terrible » ? Son histoire, digne d’un roman de guerre, mêle bravoure, trahison et une fin tragique, qui hantent encore les couloirs du pouvoir congolais.
Né pour la bataille, Tshatshi se forme dans les meilleures écoles militaires du pays. À peine âgé de 20 ans, il est diplômé en 1954 à Luluabourg et Gombari, devenant rapidement un para-commando d’élite, connu pour son autorité sans faille et son intrépidité.
Lors des années chaotiques qui suivent l’indépendance, le colonel Tshatshi s’impose : il est le maître d’œuvre silencieux des combats contre la sécession katangaise en 1963, puis contre la rébellion de Pierre Mulele en 1964. Toujours fidèle à la République, il gagne le respect autant que la crainte.
Mais c’est après l’accession de Mobutu au pouvoir en 1965 que le destin de Tshatshi bascule. Devant lui, une menace grandissante : une rébellion fomentée par d’anciens gendarmes katangais exclus. Leur chef, le colonel Tshipola, défie Mobutu et son régime. Dans une atmosphère électrique, Tshatshi est convoqué à une réunion décisive.
Ce qui semblait être un dialogue tourne au drame : Tshatshi est assassiné, froidement, trahi par ceux qui furent ses frères d’armes. Son corps est abandonné dans la rivière Tshopo, effaçant la trace physique d’un héros qui avait tout donné.

Le choc est immense. Mobutu riposte sans hésiter, envoyant les mercenaires Bob Denard et Jean-Pierre Schramme écraser la rébellion dans un bain de sang. Les insurgés se réfugient au Rwanda, créant une profonde fracture entre les deux pays, un ressentiment qui marquera la région pendant des années.
En 1967, un procès spectaculaire pointe Moïse Tshombe du doigt, accusé de trahison, alimentant les tensions internes et consolidant le message du régime : la loyauté se paie de sa vie.
Pour que son sacrifice ne soit pas oublié, le camp de Binza prend son nom : Camp Tshatshi, un sanctuaire qui rappelle que la République a eu ses héros, souvent oubliés, souvent trahis.
Joseph-Damien Tshatshi reste aujourd’hui une légende sombre, l’homme qui a combattu, cru et payé le prix ultime. Son histoire est celle d’un soldat fidèle jusqu’au bout, dont le nom résonne encore comme une mise en garde : dans le jeu du pouvoir, la trahison peut frapper là où on s’y attend le moins.
La Transparence


