Le 7 août 2025, Félix Tshisekedi n’a pas simplement reconduit Judith Suminwa Tuluka à la primature. Il a orchestré un remaniement qui, sous des airs de continuité, révèle une mécanique de pouvoir bien plus complexe : celle d’un exécutif élargi, d’une modernisation en vitrine, et d’un recentrage stratégique qui interroge autant qu’il inquiète.
53 membres. Une équipe dite « resserrée » qui s’étire. Une promesse de rationalisation qui se transforme en expansion. Ce paradoxe n’est pas une erreur de casting : c’est un choix politique. Calculé. Assumé. Et révélateur.
Un remaniement sans fracas, mais non sans conséquences
La structure ministérielle reste familière : six vice-premiers ministres, treize ministres d’État, vingt-quatre ministres, cinq ministres délégués, cinq vice-ministres. Mais derrière cette stabilité apparente, le remaniement opère un tri silencieux.
Quinze ministres sortants, dont des figures clés des secteurs de l’eau, des mines et des droits humains, sont évincés sans explication publique. Teddy Lwamba Moba, Kizito Kapinga, Chantal Mwadiamvita — tous quittent la scène, certains sans même un mot d’adieu.
Ce n’est pas une purge. C’est une réorganisation tactique. Une recomposition des loyautés. Une mise à jour des équilibres internes. Et surtout, un message : le pouvoir se consolide, mais ne se partage pas.
Le jeu des chaises musicales : promotions, déclassements, repositionnements
– Jean-Pierre Bemba, Jacquemin Shabani, Guy Kabongo : reconduits, renforcés, sanctuarisés. Le noyau dur de l’Union sacrée se solidifie.
– Aimé Boji passe du Budget à l’Industrie. Augustin Kibassa hérite de l’Économie numérique, un portefeuille flambant neuf. Ève Bazaiba glisse vers les Affaires sociales.
Ces mouvements ne sont pas anecdotiques : ils redessinent les priorités thématiques, déplacent les centres de gravité, et traduisent une volonté de repositionner les figures sans perdre le contrôle.
– Samuel Mbemba et Oneige Nsele montent en puissance.
– Noëlla Ayeganagato, elle, est rétrogradée. De ministre à vice-ministre. Une chute silencieuse, mais révélatrice d’un pouvoir qui récompense la loyauté plus que la compétence.
Tshisekedi, stratège lucide ou illusionniste politique ?
Ce remaniement est un exercice de style. Il sécurise les alliances, recycle les visages, invente des intitulés. Mais il ne fracture rien. Il ne dérange pas. Il ne transforme pas.
Le Président joue sur deux tableaux :
– Continuité pour rassurer
– Innovation pour séduire
Mais à force de vouloir tout concilier, ne risque-t-il pas de ne rien résoudre ?
Ce gouvernement peut-il affronter les urgences du pays — insécurité chronique, crise économique, défi climatique, fracture sociale ? Ou restera-t-il prisonnier de ses équilibres internes, de ses fidélités, de ses calculs ?
Le remaniement est fait. Le décor est planté. Mais la vraie question est celle-ci : « Le pouvoir veut-il gouverner ou simplement durer ? »
Merveille Maleya


