Les propos de Godé Mpoyi Kadima, ex-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa, ont récemment mis en émoi l’opinion publique. Frustré par la démolition de sa résidence dans le cadre des opérations de sécurisation des zones menacées par l’érosion, il a déclaré sur Télé 50 : « Si je n’étais pas pasteur, j’aurais déjà rejoint Nangaa à Goma. Ce sont des choses comme ça qui poussent les gens à la rébellion. »
Cette sortie, pour le moins troublante, soulève une question essentielle sur la lucidité institutionnelle et le sens des responsabilités dans une démocratie fragile. Car à l’heure où les autorités s’efforcent de prévenir de nouvelles pertes humaines dues aux érosions meurtrières, appeler à la rébellion équivaut à prôner l’instabilité au nom d’un intérêt privé.
La parole de l’ancien président prend une dimension encore plus préoccupante lorsqu’elle est mise en lumière par ce verset biblique : « C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle » (Luc 6:45). Ces mots, portés par un homme se réclamant du pastorat, traduisent une confusion inquiétante entre sa vocation spirituelle et son rapport au pouvoir. Si la bouche révèle ce que le cœur renferme, alors l’appel voilé à la sédition semble témoigner d’un désordre moral plus profond.
Dans une société qui cherche à redéfinir les fondements d’une gouvernance responsable, de telles déclarations ne peuvent rester sans réponse. Elles sapent les efforts de cohésion nationale et bafouent le principe fondamental de sauvegarde de la vie humaine.
L’indignation est légitime. Mais lorsqu’elle verse dans la menace à peine voilée et l’apologie de la révolte, elle devient un symptôme d’une dérive que les institutions ne peuvent tolérer. M. Mpoyi, fort de son passé politique et de sa posture religieuse, devrait savoir que la parole publique est un acte — et que dans certains cas, elle peut être juridiquement et moralement condamnable.
Merveille Maleya


