Naufrage des entreprises publiques en RDC: L’État se court-circuite lui-même

Naufrage des entreprises publiques en RDC: L’État se court-circuite lui-même

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Depuis plusieurs années, la République démocratique du Congo assiste, impuissante, à l’effondrement progressif de ses entreprises publiques stratégiques. Congo Airways clouée au sol, TRANSCO paralysée, SOKIMO étranglée par une dette abyssale, SONAS dépassée par le privé, ONATRA abandonnée, MIBA en quasi-faillite, Gécamines en déclin, LMC et CVM à bout de souffle, ACE oubliée… Ce chapelet de dysfonctionnements révèle une vérité glaçante : la souveraineté économique congolaise se délite sous le poids d’une gouvernance défaillante et d’un État absent.

Congo Airways : l’orgueil institutionnel face à la débâcle

Depuis 2023, Congo Airways est clouée au sol, ses avions immobilisés, ses employés laissés sans salaire et sans explication. Aucune procédure sérieuse de redressement n’est engagée, comme si reconnaître l’échec était un tabou insurmontable. Pendant ce temps, des millions de dollars détournés dans l’ombre suffiraient largement à financer une flotte moderne et opérationnelle. Au lieu d’investir dans une compagnie nationale viable, l’État préfère annoncer la création d’Air Congo, un projet flou, irréaliste et potentiellement destructeur pour Congo Airways. Ce déni de réalité est symptomatique d’une gouvernance où l’orgueil et les calculs politiques surpassent la responsabilité économique. Résultat : la RDC perd un levier stratégique vital, au détriment de sa souveraineté et du développement national.

TRANSCO et Trans Academia : la farce des doublons paralysants

TRANSCO, jadis pilier du transport public, est aujourd’hui à l’agonie, faute de carburant, de maintenance et de gestion sérieuse. La réponse de l’État ? Créer Trans Academia, une structure quasi identique, financée par les mêmes ressources publiques. Cette duplication absurde engendre une paralysie double, dégradant un service déjà défaillant et condamnant des millions de Congolais à l’errance urbaine. Ce bricolage institutionnel traduit un refus d’assumer les responsabilités et de mener de vraies réformes.

SOKIMO : la dette étatique, un sabordage délibéré

SOKIMO, fleuron minier historique, est étranglée par une dette de 70 millions de dollars que l’État refuse obstinément de régler. Ce non-paiement n’est rien d’autre qu’un sabotage délibéré de ses capacités opérationnelles, compromettant toute relance industrielle. L’absence totale de plan de redressement révèle un désintérêt inquiétant pour un secteur clé de la souveraineté économique. En affaiblissant ses propres leviers, l’État saborde son avenir industriel.

SONAS : un mastodonte public figé dans l’immobilisme

Face à une concurrence privée dynamique, la SONAS s’effondre. Lenteurs administratives, absence de digitalisation, mauvaise image : autant de symptômes d’une entreprise publique incapable de se réinventer. Les appels à la réforme s’accumulent sans jamais aboutir, révélant une bureaucratie figée, paralysée par ses propres rigidités et un manque criant de volonté politique.

ONATRA : le naufrage des infrastructures portuaires

Aux portes du pays, ONATRA voit ses infrastructures portuaires se dégrader, les pertes de fret s’accumuler, les détournements prospérer. L’État, actionnaire unique, reste spectateur, laissant pourrir une situation qui fragilise la logistique nationale et hypothèque l’économie entière. Ce laisser-faire est une faute stratégique majeure.

MIBA : promesses creuses et paralysie économique

La Minière de Bakwanga (MIBA), autrefois joyau diamantifère, est aujourd’hui au bord de la faillite. Malgré un plan de relance ambitieux et des fonds promis, aucun décaissement concret n’a eu lieu. La production s’effondre, les dettes salariales explosent, et l’économie locale de Mbuji-Mayi s’effondre avec elle. Ce naufrage est le reflet d’un État incapable de tenir ses engagements, sacrifiant travailleurs et populations au nom d’intérêts opaques.

Gécamines : un géant minier en déclin inexorable

La Gécamines, pilier historique de l’industrie minière congolaise, est victime d’une gestion catastrophique et d’un manque de vision stratégique. Sans réserves exploitables à court terme ni plan clair, elle s’enfonce dans la crise. La refonte totale proposée, avec un désengagement progressif de l’État et l’appel à une expertise internationale, est une urgence vitale. Faute de quoi, ce géant risque de devenir un vestige du passé, incapable de contribuer au développement national.

LMC et CVM : le transport maritime au bord de la rupture

Les Lignes Maritimes Congolaises (LMC) sont privées de flotte propre depuis plus de vingt ans, réduisant leur rôle à celui d’opérateurs secondaires. La Congolaise des Voies Maritimes (CVM), malgré l’acquisition récente d’une drague, est minée par des arriérés de salaires et une gestion défaillante. Ces difficultés témoignent d’un secteur maritime public en grande souffrance, alors même qu’il est vital pour la connectivité et le commerce.

ACE : la victime oubliée

L’Agence Congolaise d’Exploitation (ACE), moins médiatisée, subit les mêmes maux : sous-financement chronique, équipements obsolètes et gouvernance défaillante. Son déclin est symptomatique de l’incapacité de l’État à piloter efficacement ses entreprises publiques.

Gouvernance en miroir : créer pour masquer l’échec

Le fil rouge de ce désastre est la création compulsive de nouvelles structures au lieu de réformer les existantes. L’État multiplie les entités, dilue les responsabilités, disperse les ressources et évite d’assumer ses dettes. Ce bricolage institutionnel creuse un gouffre entre discours et réalité, entre souveraineté proclamée et souveraineté effective.

L’incapacité chronique à honorer ses engagements, le manque de vision stratégique et la corruption gangrènent l’État en tant qu’acteur économique. Ce n’est plus une simple crise de gouvernance, mais une crise existentielle qui menace l’avenir même de la RDC.

Sortir de l’illusion pour bâtir un avenir réel

La RDC doit impérativement rompre avec ce cercle vicieux. Plutôt que de multiplier les promesses creuses et les structures redondantes, il est urgent d’assumer ses responsabilités, d’assainir ses entreprises publiques et d’élaborer une stratégie industrielle claire, ambitieuse et réaliste. Sans cette rupture, la souveraineté économique restera un mirage, au détriment des Congolais, de leur dignité et de leur développement.

Merveille Maleya

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