Dans un climat politique morose, le Conseil National de Suivi de l’Accord (CNSA) tente un retour spectaculaire sur la scène nationale. Par la voix de son président, Joseph Olengankoy Mukundji, l’organe annonce une médiation entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. En surface, il s’agirait de « sauver la mère patrie » par un dialogue inclusif. Mais à y regarder de plus près, l’initiative sent davantage la manœuvre désespérée que l’élan de réconciliation.
Le CNSA n’a jamais su convaincre de son utilité depuis sa création. Considéré comme un vestige bureaucratique né des compromis politiques d’hier, il a accumulé silences, lenteurs et rendez-vous manqués. Le confier à Joseph Olengankoy — dont la trajectoire politique alimente plus d’interrogations que de certitudes — revient à accrocher une bouée à un bateau déjà à la dérive.
Imaginer Tshisekedi et Kabila autour de la même table relève presque de la fiction. L’un cristallise le discours du renouveau, l’autre incarne encore les reflets d’un système ancien, opaque et verrouillé. Entre les deux, les rancunes sont tenaces, les intérêts inconciliables. Quant à la société civile et aux opposants en exil que la démarche dit vouloir inclure, ils semblent plus instrumentalisés que réellement conviés.
Pendant que le CNSA monte son théâtre de médiation, les populations de l’Est comptent leurs morts, déplacés et humiliations. Le fossé entre la scène politique et les urgences du terrain n’a jamais été aussi criant. Cette initiative, sans mécanisme clair, sans feuille de route, ressemble plus à une diversion institutionnelle qu’à une réponse aux douleurs profondes du pays.
À force d’annonces creuses et de dialogues de façade, le risque est grand que cette tentative devienne une de plus dans l’interminable défilé des illusions politiques congolaises. Et au bout du compte, c’est la confiance déjà fragile du peuple qui s’effrite un peu plus.
Merveille Maleya


