La récente visite de l’ancien président congolais Joseph Kabila dans la ville de Goma suscite de nombreuses réactions. Parmi elles, celle du ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, qui a adressé à Kabila une série de 12 questions incisives, portant sur son héritage politique, son rôle dans les conflits armés à l’Est de la RDC, et sa responsabilité dans la situation actuelle.
Julien Paluku débute son questionnement en rappelant l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila en 2001, père de Joseph Kabila, évoquant une possible implication de la « mafia rwandaise ». Il interroge ainsi l’ancien président sur son identité et son parcours, notamment sur son rôle dans la relance du dialogue de Sun City en 2002, qui avait permis le retour des rebelles dans le processus politique congolais.
Le ministre souligne ensuite la participation de Joseph Kabila dans la lutte contre les insurrections de Mutebusi et Laurent Kunda en 2004, ainsi que son pilotage des opérations militaires contre ces groupes armés. Il rappelle également la résistance demandée en octobre 2008 face à la menace du CNDP à Goma.
Julien Paluku revient sur l’opération Umoja Wetu en 2009, marquée par l’entrée controversée de l’armée rwandaise au Nord-Kivu, et sur la demande d’arrestation de Laurent Kunda. Il évoque aussi le désaccord politique avec Vital Kamerhe, alors président de l’Assemblée nationale, opposé à cette intervention étrangère.
Le ministre interroge Joseph Kabila sur la signature des accords de paix du 23 mars 2009, qui ont conduit à la création du mouvement rebelle M23, responsable de nombreuses violences dans la région. Il rappelle cependant que c’est sous son ordre que l’opération Pomme Orange a été lancée en 2013, mettant fin à cette rébellion.
Julien Paluku pointe une contradiction majeure : la radiation des officiers du M23 de l’armée congolaise, et la présence actuelle de Joseph Kabila à leurs côtés, ce qui soulève des questions sur ses alliances et sa stratégie politique.
Le ministre évoque également la notion de « glissement » inventée par Kabila pour prolonger son mandat, avant d’accepter finalement une passation pacifique du pouvoir en 2019, saluée au niveau international comme un pas vers la démocratie.
Enfin, l’actuel ministre du Commerce extérieur questionne la mémoire et la conscience de Joseph Kabila face aux milliers de morts et déplacés causés par les conflits à **Goma et Bukavu. Il l’accuse d’être aujourd’hui aux côtés de ceux qu’il avait autrefois combattus, responsables selon lui d’une barbarie sans précédent.
À travers cette interpellation, Julien Paluku ravive les tensions sur le rôle de Joseph Kabila dans l’histoire récente de la RDC. La visite de l’ancien président à Goma, dans un contexte hautement sensible, pose une question majeure : recherche-t-il une nouvelle légitimité politique ou tente-t-il de réécrire son propre héritage ?
Le débat est ouvert, et Kinshasa devra réagir. La réponse du pouvoir en place déterminera l’avenir des relations entre l’ancien chef de l’État et les institutions congolaises.
MM


