En pause depuis plusieurs mois, ce projet de port en eau profonde à l’embouchure du fleuve Congo semble entrer dans une nouvelle phase à la faveur d’un accord trouvé en juillet entre les autorités congolaises et l’opérateur dubaïote.
Le port en eau profonde de Banana, situé près de la ville de Muanda, sur la façade atlantique du pays, pourrait faire de la RDC un acteur important de la logistique maritime dans la région et booster les flux d’exportations des entreprises locales. Mais, depuis le lancement du projet en 2022 par le président Félix Tshisekedi, les travaux n’avancent presque pas. Et la perspective d’une inauguration initialement prévue pour 2025 se fait de plus en plus lointaine.
« Les travaux ont débuté, mais des difficultés sont à noter dans le processus de délogement, notamment d’un camp militaire sur le site », indique une source proche du dossier. Les travaux commencés puis interrompus ont effectivement consisté à ériger deux fondations transversales pour la digue de 1 543 m. La première est en phase finale, tandis que la seconde doit attendre la démolition de quelques concessions environnantes, dont une base militaire.
En attendant un accord entre la Société commerciale des transports et des ports (SCTP, ex-Onatra) et l’opérateur dubaïote DP World, promoteur du projet depuis 2021, les autorités ont suspendu les activités et interdit tout accès au site.
Défis techniques et logistiques
Pour tenter d’arrondir les angles, le vice-Premier ministre et ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba, a réuni au mois de juillet la direction générale de la SCTP et la filiale congolaise de Dubaï World.
« Les discussions ont été productives. Il y avait de petites questions techniques et juridiques à régler par rapport au contrat de DP World et aux autres contrats que nous avons signés avec d’autres partenaires, je crois que ça été aussi résolu », a déclaré à cette occasion Martin Lukusa, directeur général de la SCTP. Et de poursuivre : « Nous pensons que la construction du port en eau profonde va s’accélérer. »
Pour DP World, la construction de ce port représente un investissement de 1 milliard de dollars, répartis en quatre phases. La première représente un montant de 539,5 millions de dollars, et les trois autres respectivement de 168 millions, 236 millions et 226 millions de dollars.
Au cours de la première phase, DP World doit construire le quai de 600 m, une plateforme de stockage de 25 ha pour accueillir 300 000 conteneurs pour environ 1,3 million de tonnes de marchandises.
Un rêve ancien
Le projet du port de Banana remonte à l’époque de l’ancien président Mobutu Sese Seko, au pouvoir de 1965 à 1997. Avant lui, en 1863, l’administration coloniale belge avait réfléchi à construire un port à Banana situé à l’embouchure du fleuve Congo. Mais les études de faisabilité n’ayant jamais abouti, c’est seulement en 1972 que le gouvernement crée l’Organisation pour l’équipement de Banana-Kinshasa (OEBK), organisme imaginé pour le développement du port mais aussi pour la construction d’un chemin de fer et d’un pont sur le fleuve dans la ville de Matadi. Il a encore fallu attendre quelques décennies, sous l’ère Joseph Kabila, pour que l’État congolais s’associe à l’entreprise DP World.
Vaste pays du continent, la RDC ne dispose que de 37 km de littoral sur l’océan Atlantique et deux ports vétustes situés à Boma et Matadi et souvent embouteillés. Une situation qui l’oblige à passer par des ports limitrophes du Congo, du Kenya ou même de la Tanzanie, pour ses exportations et ses importations.
Patrick-Félix Abely


