La présidence au Kasaï, la primature au Ne-Kongo, le Sénat au Katanga, l’assemblée nationale au Grand Kivu, pari gagné pour Félix Tshisekedi, lui que nombreux opposants critiquent constamment d’avoir tribalisé les institutions politiques congolaises mais qui a réussi à déjouer les pronostics dans la formation du bureau définitif du Sénat.
Alors qu’on attendait voir le chef de l’Etat congolais imposer Idrissa Mangala, candidat désigné par le parti au pouvoir pour présider la Chambre haute, un tout dernier remaniement des candidatures de l’Union sacrée a balisé le terrain pour Sama Lukonde, ex-premier ministre.
Pourtant, constitutionnellement parlant, le président du Sénat est le dauphin Constitutionnel du président de la République et est l’acteur qui prendrait la tête du pays en cas d’incapacité de gouverner du chef de l’Etat.
« Sama Lukonde est le choix du chef de l’État pour la présidence de la Chambre haute du Parlement. Sur instruction de notre chef Félix Tshisekedi, nous allons retirer notre candidature au poste de président du Sénat », a affirmé, vendredi, Augustin Kabuya.
En apportant son appui à Sama Lukonde, Félix Tshisekedi vient ainsi de réussir à fédérer les forces majeures autour de son pouvoir, une géopolitique qui lui permettra de gouverner sans beaucoup de remous ni de frustrations au sein de la coalition au pouvoir.
Lui qui est Luba, originaire du Kasaï, a cédé la primature à Judith Suminwa Tuluka, ressortissante du Kongo Central. Puis, aujourd’hui, l’Assemblée nationale congolaise est entre les mains de Vital Kamerhe, un muswahili, produit du Grand Kivu. Par ailleurs, en prenant la tête de la Chambre haute, Sama Lukonde représente le Grand Katanga.
Félix Tshisekedi a-t-il joué intelligemment pour éviter l’éclatement de l’Union sacrée ? En tout cas, c’est le moins que l’on puisse dire.
En décembre dernier, tous les sociétaires de la coalition au pouvoir ont été au four et au moulin pour donner un second mandat au chef de l’Etat. Ce qui fait que le partage du gâteau leur revient de droit.
Ainsi, imposer les ressortissants d’une même zone linguistique politique aurait été mal perçu par les partenaires du président de la République. Déjà, en portant Idriss Mangala de l’UDPS comme candidat à la tête du Sénat, le parti au pouvoir a été traité de tous les noms d’oiseaux. En ne soutenant pas Sama Lukonde, le dirigeant congolais aurait perdu un autre appui important au Katanga, province acquise à l’opposant Moïse Katumbi.
Conscient de la portée d’une telle décision politique à ce stade où le pays a plus besoin de la cohésion nationale, Félix Tshisekedi a fait le diplomate en fédérant des acteurs, bien que certaines entités comme le Maniema soit toujours oublié aussi bien dans le gouvernement central que d’autres postes stratégiques.
Jean Ngaviro


