Une société publique peut-elle signer un contrat de publicité avec un établissement public? Le partenariat SNEL-ACP suscite des interrogations

Une société publique peut-elle signer un contrat de publicité avec un établissement public? Le partenariat SNEL-ACP suscite des interrogations

0 0
Read Time:3 Minute, 58 Second

Une convention de partenariat pour assurer la bonne communication avec la clientèle de la société nationale d’électricité a été signée le 21 mai 2024, à Kinshasa, avec l’Agence Congolaise de Presse -ACP-, un média officiel de notre pays.

«Dans le cadre de ses activités quotidiennes et dans le souci d’accroitre la visibilité de la société nationale d’électricité, les parties ont convenu de signer une convention de partenariat afin d’assurer à travers différents médias de la RDC la bonne communication à la clientèle de SNEL SA », ont convenu les deux parties.

Les deux partenaires représentés respectivement par Fabrice Lusinde, Directeur général de la SNEL SA, et Bienvenu-Marie Bakumanya, Directeur général de l’ACP, se sont ainsi entendus de transmettre à l’opinion « des informations fiables et crédibles sur le fonctionnement de la société et la mise en œuvre de ses projets».

A propos du plan de délestage prévu par la Snel, Fabrice Lusinde avait indiqué: «Nous allons signer un protocole notamment avec l’Agence congolaise de presse pour innover, avec la création d’un compte SNEL SA sur X (Twitter) à travers ce média public, pour atteindre à partir de ses canaux d’information encore plus de clients».

Seulement voilà, cette convention de partenariat qui va mobiliser tant de moyens financiers de la part de la Snel continue à susciter des interrogations dans beaucoup de milieux. La Snel, une société publique, peut-elle, pour sa visibilité, signer un contrat avec un établissement public? Pourquoi ne l’a-t-il pas fait avec les journaux privés sérieux paraissant en RDC?
Pour tenter de répondre à ces questions, nous estimons utile d’expliquer le rôle d’une agence d’information officielle, d’une société publique, et les relations de partenariat qui pourraient exister entre les deux entités.

Une agence d’information officielle collecte, traite et diffuse des contenus d’information à ses clients, principalement des médias de masse (presse, radio, télévision). Tel est le cas de l’Agence congolaise de presse-ACP. Cette dernière dépend du gouvernement de la République démocratique du Congo, couvre l’information nationale et internationale en textes et photos. Celle-ci fut renommée Agence Zaïre Presse -AZAP- à l’époque du Zaïre. Elle fut fondée en 1960 par le décret du 12 août du Premier ministre Patrice Lumumba, en reprenant les activités et les installations de l’agence de presse coloniale belge, l’agence Belga, à la suite de l’indépendance du Congo.

Par l’ordonnance n˚67-83 du 3 février 1967, l’agence obtient le statut d’établissement public à caractère technique, administratif et commercial doté de la personnalité juridique. En 1981, l’ordonnance n˚81-052 du 2 avril changea son statut en entreprise publique. Pour accomplir sa mission, ACP fait accréditer ses journalistes à la présidence de la République, à la Primature, auprès de différents ministères, et des entreprises publiques. Ce sont eux qui sont chargés de faire le suivi des activités de ces institutions, de les traiter et les diffuser à l’intention du public. Mais, en aucun moment, il n’avait jamais été question de signer des conventions de partenariat pour la visibilité surtout des personnalités politiques ou des mandataires des sociétés publiques. Ce qui ne les empêche pas d’avoir des abonnements pour obtenir à temps des infos en ligne ou des bulletins quotidiens.

Par ailleurs, l’ACP peut réaliser des éditions spéciales pour le compte des entités politico-administratives, comme cela avait été le cas pour le gouverneur réélu de la province de l’Equateur. Mais, de là à signer des conventions de partenariat avec des sociétés publiques, le DG Jean-Marie Bakumanya –journaliste professionnel- sait qu’aucun organe de presse ne peut reprendre dans ses colonnes une information fournie par l’ACP sur une quelconque entreprise publique. Pourquoi le DG de la Snel a-t-il refusé de signer ces conventions avec des organes de presse sérieux paraissant à Kinshasa, au lieu de se réfugier derrière l’ACP?

Sûrement qu’il a été mal conseillé. Il lui a été dit qu’une fois que l’information passerait dans les bulletins de l’ACP, ce sont des milliers de personnes qui la liraient. Ce qui est totalement faux. En RDC, que le DG de l’ACP le veuille ou non, seuls les journaux sont bien lus par le public, et dont les articles orientent l’opinion publique dans un sens comme dans l’autre, et pas les écrits de l’ACP.
Fabrice Lusinde s’est donc trompé de vecteur d’information. En effet, le jour où la presse écrite, notamment, pourrait décider de stigmatiser sa gestion de la Snel, ce n’est pas du tout l’ACP qui sera en mesure de convaincre ses abonnés du contraire.

Junior BEYA

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %

Average Rating

5 Star
0%
4 Star
0%
3 Star
0%
2 Star
0%
1 Star
0%

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *