L’avertissement lancé par Jacquemain Shabani aux responsables de la coalition C64 dépasse largement le cadre d’une simple polémique politique. Il soulève une interrogation que de nombreux Congolais se posent aujourd’hui : quel message envoie-t-on à la Nation lorsqu’on privilégie une rencontre avec Joseph Kabila à Goma, au moment où le pays continue de pleurer ses morts dans l’Est ?
Depuis des mois, les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu vivent sous la menace permanente des armes. Des familles sont dispersées, des villages sont vidés de leurs habitants et des milliers de Congolais continuent de payer le prix d’une guerre dont ils ne sont pourtant pas les acteurs. Dans ce contexte, chaque initiative politique est observée à travers un seul prisme : sert-elle la République ou contribue-t-elle à brouiller davantage les lignes ?
C’est précisément là que le projet de la C64 interroge. Ceux qui dénoncent régulièrement le pouvoir de Félix Tshisekedi, ceux qui contestent ses appels au dialogue et remettent en cause la légitimité de ses initiatives politiques, paraissent soudainement disposés à engager des discussions avec Joseph Kabila, installé à Goma, ville devenue l’un des principaux symboles de la crise sécuritaire qui secoue le pays. Pour beaucoup de Congolais, cette démarche ressemble à une contradiction difficile à justifier.
Car au-delà des calculs politiques, une réalité demeure : la guerre qui ravage l’Est du pays continue de produire son lot de victimes. À chaque fois qu’un soldat tombe au front, qu’une mère fuit son village ou qu’un enfant passe une nuit dans un camp de déplacés, c’est la Nation tout entière qui est atteinte. Dans un contexte pareil, la priorité devrait être de renforcer le front national, non de multiplier les initiatives susceptibles de créer davantage de confusion.
Personne ne conteste le droit de l’opposition à exister, à critiquer ou à proposer une autre vision du pays. C’est le propre de toute démocratie. Mais lorsque la souveraineté nationale est menacée, lorsque l’intégrité du territoire est remise en cause et lorsque des Congolais meurent au nom de la défense de la patrie, certaines démarches méritent d’être examinées avec plus de responsabilité que de stratégie politique.
La véritable question n’est donc pas de savoir qui est de la majorité ou de l’opposition. La véritable question est de savoir où se situe la priorité. Est-elle dans la recherche d’un avantage politique ou dans la défense du Congo ? Est-elle dans les intérêts des acteurs politiques ou dans ceux des millions de citoyens qui attendent le retour de la paix ?
L’histoire jugera sévèrement les ambiguïtés de cette période. Elle retiendra ceux qui, malgré leurs divergences, auront compris que certaines causes dépassent les partis et les ambitions personnelles. Car lorsqu’une nation est agressée, lorsque son territoire est disputé et lorsque le sang de ses enfants continue de couler, il ne devrait exister qu’un seul camp : celui du Congo.
Les querelles politiques passeront. Les ambitions des uns et des autres finiront par s’effacer. Mais la République, elle, restera. Et face à l’épreuve que traverse aujourd’hui notre pays, le patriotisme exige une position claire : aucun intérêt partisan ne peut être placé au-dessus de la souveraineté nationale. Avant d’être opposants, majoritaires ou candidats à quoi que ce soit, nous sommes d’abord Congolais. Et lorsque la patrie est blessée, le devoir commande de se tenir sans hésitation du côté de la Nation.
Merveille Maleya

Refuser Tshisekedi, courir vers Kabila : le troublant paradoxe de la C64
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