Dans de nombreux ménages de la République démocratique du Congo, le produit « Lava » est devenu une solution prisée pour se débarrasser des moustiques, cafards et autres insectes nuisibles. Vendu librement sur le marché et réputé pour son efficacité rapide, cet insecticide destiné à l’agriculture connaît un usage détourné qui inquiète désormais les spécialistes de la santé publique.
Une étude scientifique publiée le 29 octobre révèle en effet 22 cas d’intoxication liés à l’utilisation de ce produit dans les villes de Kinshasa, Lubumbashi et Kolwezi. Un chiffre qui attire l’attention sur un phénomène plus large dont l’ampleur réelle pourrait être bien supérieure à celle documentée par les chercheurs.
À première vue, rien ne distingue Lava des nombreux produits utilisés quotidiennement contre les insectes. Pourtant, sa composition soulève de sérieuses préoccupations. Le pesticide contient du dichlorvos, une substance reconnue pour sa toxicité et qui fait l’objet d’interdictions dans plusieurs pays, notamment en Europe et au Canada. Malgré ces restrictions à l’étranger, le produit continue d’être commercialisé en RDC où il est parfois utilisé dans des espaces fermés, au contact direct des populations.
Le recours à ce pesticide traduit une réalité bien connue des familles congolaises. Face à la prolifération des moustiques et à la menace permanente du paludisme, nombreux sont ceux qui privilégient les solutions les moins coûteuses et les plus facilement accessibles. Dans certains quartiers, le Lava est pulvérisé dans les chambres, les salons ou encore les cours d’habitation, souvent sans connaissance précise des risques liés à son utilisation.
Les experts mettent pourtant en garde contre les conséquences d’une exposition à cette substance chimique. Les intoxications peuvent se traduire par des maux de tête, des nausées, des troubles respiratoires ou d’autres complications susceptibles de mettre en danger les personnes les plus vulnérables, notamment les enfants et les personnes âgées.
Au-delà des cas recensés, cette situation relance le débat sur le contrôle des produits phytosanitaires présents sur le marché congolais. Elle pose également la question de l’information du public sur les dangers liés à l’usage domestique de substances conçues pour l’agriculture.
L’affaire Lava met ainsi en lumière un paradoxe préoccupant : alors que certaines molécules sont écartées de plusieurs marchés internationaux pour des raisons sanitaires, elles continuent de circuler dans des pays où les mécanismes de contrôle demeurent limités. Pour les spécialistes, la prévention, la sensibilisation et le renforcement de la réglementation apparaissent désormais comme des priorités afin d’éviter que la lutte contre les moustiques ne se transforme en menace silencieuse pour la santé des populations.
MMN


