Kinshasa sous les ordures: Qui doit rendre des comptes?

Kinshasa sous les ordures: Qui doit rendre des comptes?

0 0
Read Time:3 Minute, 29 Second

Mégapole de 20 millions d’âmes, Kinshasa la Belle s’enfonce chaque jour un peu plus sous le poids de ses propres immondices. Avec une production estimée entre 10 000 et 15 000 tonnes de déchets par jour — soit plus de 5,4 millions de tonnes par an —, la capitale de la République Démocratique du Congo étouffe. Malgré la succession de campagnes d’assainissement aux slogans flatteurs et d’annonces officielles à répétition, le constat reste le même : le plastique et la boue dictent leur loi. Une grande partie de ces déchets s’accumule inexorablement dans nos rues, obstrue nos caniveaux et pollue nos marchés.

Aujourd’hui, l’insalubrité kinoise a dépassé le stade du simple désagrément visuel. Elle constitue une menace directe pour la santé publique, une source majeure d’inondations dévastatrices, un nid de prolifération de maladies et, fondamentalement, une atteinte grave à la dignité humaine. Face à ce désastre, une question s’impose : qui doit rendre des comptes ?

Une crise de gouvernance sur fond d’opacité

La vérité est crue : Kinshasa souffre d’une faillite de gouvernance et d’une dilution systémique des responsabilités. Entre le gouvernement provincial, les municipalités, les services techniques et les ménages, le jeu du renvoi de balle permanent a installé un climat d’impunité généralisée.
Cette crise se manifeste par deux défaillances majeures :
• Des résultats éphémères : Les opérations « coup de poing » se suivent et se ressemblent. On nettoie aujourd’hui à grands renforts médiatiques des lieux qui redeviennent des dépotoirs sauvages dès le lendemain. Sans pérennisation, l’action publique n’est qu’un éternel recommencement.
• Un manque cruel de transparence : Où va l’argent de l’assainissement ? Il y a une absence totale d’évaluation publique des financements engagés, des contrats exécutés et des volumes de déchets réellement traités. L’argent du contribuable doit produire une propreté mesurable dans nos quartiers, et non de simples rapports administratifs classés dans des tiroirs.

La réponse de CAFORGES : Bâtir un système permanent

Pour sortir définitivement de l’amateurisme des actions ponctuelles, le Consortium CAFORGES préconise une rupture radicale à travers un modèle fondé sur deux piliers indissociables :

1. Une gestion responsable et rigoureuse

Il faut redéfinir clairement les obligations des producteurs de déchets (ménages, commerces, industries) et clarifier enfin les missions des autorités de proximité. Les chefs de quartier, d’avenue et les bourgmestres doivent recevoir les moyens d’action nécessaires pour agir. Sur le terrain, cela implique d’associer la police de proximité, de former les agents du secteur, et de combiner une sensibilisation accrue à un contrôle strict, suivi de sanctions exemplaires pour les contrevenants.

2. Une gestion intelligente basée sur l’économie circulaire

Le déchet ne doit plus être perçu comme une nuisance à cacher, mais comme une ressource économique valorisable. La matière organique peut devenir du compost ou du biogaz ; les plastiques, métaux et papiers doivent alimenter des industries de recyclage. Pour y parvenir, CAFORGES recommande de structurer méthodiquement la chaîne globale : Tri à la source \(\rightarrow \) Précollecte \(\rightarrow \) Collecte \(\rightarrow \) Transport \(\rightarrow \) Centre de transfert \(\rightarrow \) Recyclage ou Élimination. Enfin, la technologie doit aider le citoyen grâce à la mise en place d’un outil numérique de signalement des dépotoirs sauvages.

Le défi des 6 mois : Un plan pilote pour Kinshasa

Nous ne pouvons plus nous contenter de théories. Le Consortium CAFORGES, en synergie avec la Task Force Santé-Environnement et le Service National, propose de passer immédiatement à l’action à travers un programme pilote intensif de 6 mois pour expérimenter cette approche sur le terrain.
Nous lançons un défi clair aux autorités congolaises autour d’un agenda précis et transparent :
• À 30 jours : Clarifier les responsabilités de chaque acteur, publier la cartographie officielle des rôles et lancer la concertation opérationnelle.
• À 90 jours : Présenter les premiers résultats concrets et vérifiables dans des zones et communes pilotes.
• À 180 jours : Publier un bilan indépendant, mesurer scientifiquement les volumes de déchets collectés et présenter un plan d’extension viable pour toute la ville de Kinshasa.

La salubrité de notre capitale n’est ni un luxe ni une utopie : c’est un droit légitime et un devoir collectif. Il est temps que l’action publique produise des résultats visibles. Les Kinois regardent, attendent, et exigent désormais des comptes.

Par Claude BASHIGE, Président du Conseil d’Administration du Consortium CAFORGES et Point focal ACCP/KIN – ONU-Habitat

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %

Average Rating

5 Star
0%
4 Star
0%
3 Star
0%
2 Star
0%
1 Star
0%

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *