Kinshasa s’engage dans une nouvelle bataille décisive pour la gouvernance de ses ressources naturelles. Le président Félix Tshisekedi a ordonné un audit « exhaustif et nominatif » du secteur minier, avec un double objectif : verrouiller le rapatriement des recettes d’exportation et clarifier la participation réelle de l’État dans les coentreprises. Cette décision traduit une volonté ferme de transformer la richesse minérale en un véritable levier de souveraineté économique.
La Première ministre Judith Suminwa, chargée de coordonner cette opération commando, dispose de 30 jours pour lancer les hostilités. Pour ce faire, un dispositif institutionnel XXL est mobilisé : les ministères des Finances, du Budget, des Mines, du Commerce extérieur et du Portefeuille, épaulés par l’IGF, la Gécamines et la Banque centrale. L’échéance du 20 juin 2026 pour les premiers résultats souligne l’urgence politique de ce chantier.
Le contraste est saisissant : la RDC enchaîne les performances record, avec plus de 3,1 millions de tonnes de cuivre exportées en 2024 et 3,4 millions en 2025. Pourtant, les finances publiques ne profitent pas de cette manne. Une part colossale des devises échappe encore au Trésor, alimentant le douloureux paradoxe d’un pays géant de l’extraction, mais nain dans la mobilisation de ses recettes.
L’enjeu de cet audit est de mettre à nu les pratiques opaques qui gangrènent la chaîne de valeur. En prônant l’interconnexion des administrations — DGDA, OCC, OGEFREM, Banque Centrale et banques commerciales — l’exécutif espère renforcer la traçabilité et colmater les fuites. Toutefois, la réussite de ce projet ne dépendra pas seulement de la technique, mais de la volonté politique d’imposer des sanctions exemplaires.
En reprenant la main sur ce secteur stratégique, Félix Tshisekedi joue sa crédibilité. S’agit-il d’une réforme structurelle profonde ou d’une simple opération de communication pour rassurer l’opinion et les bailleurs ? Si cet exercice accouche d’un rapport de plus, il rejoindra le long catalogue des promesses non tenues. En revanche, s’il débouche sur des réformes concrètes, il pourrait marquer le tournant historique où la RDC cesse d’être un géant minier aux pieds d’argile pour devenir le véritable maître de son destin économique.
MMN


