La République démocratique du Congo (RDC) a officiellement décidé de s’affirmer sur la scène internationale. Le 26 février 2026, le gouvernement congolais a annoncé la candidature de Juliana Amato Lumumba au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Kinshasa entend ainsi peser dans une bataille diplomatique de haut vol où l’actuelle titulaire, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, brigue un troisième mandat.
Un nom chargé d’histoire, un parcours autonome
Le nom Lumumba reste indissociable de Patrice Émery Lumumba, figure de l’indépendance congolaise et martyr de la nation. Sa fille Juliana porte ce patronyme comme une mémoire vivante, mais son itinéraire témoigne d’une volonté de se construire au-delà de l’héritage. Diplômée en sciences politiques à Paris et formée à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), elle a débuté dans le journalisme, couvrant les droits humains et les enjeux africains pour des médias internationaux.
De retour à Kinshasa dans les années 1990, elle s’est engagée dans les institutions de transition avant de devenir ministre de la Culture (1997-2001). À ce poste, elle a notamment supervisé la traduction de l’avant-projet de Constitution et de l’hymne national dans les quatre langues nationales, tout en représentant la RDC à l’Exposition universelle de Lisbonne en 1998.
Diplomatie économique et intégration africaine
Après son passage au gouvernement, Juliana Lumumba s’est tournée vers la diplomatie économique. De 2007 à 2015, elle a dirigé l’Union des chambres de commerce africaines (UACCIAP) au Caire, où elle a défendu l’harmonisation des cadres juridiques et la promotion des investissements sur le continent. Ses interventions dans divers forums internationaux, de la COP21 aux conférences sur l’entrepreneuriat féminin, illustrent son engagement pour une Afrique intégrée et actrice de son propre développement.
Polyglotte et forte de plus de trente ans d’expérience en gouvernance publique, elle incarne aujourd’hui, selon le ministère de la Communication et des Médias, une Francophonie plus moderne, inclusive et solidaire, connectée aux réalités des peuples et tournée vers la promotion des femmes et de la jeunesse.
La RDC revendique son poids démographique et culturel
Pour Kinshasa, cette candidature est stratégique. « Juliana Lumumba incarne une Francophonie moderne, solidaire et proche des peuples », a déclaré Crispin Mbadu, ministre délégué chargé de la Coopération internationale et de la Francophonie. La RDC, pays francophone le plus peuplé au monde, entend jouer un rôle majeur dans l’avenir de la langue française en Afrique, continent où se concentre désormais la majorité des locuteurs.
Au-delà des chiffres, Kinshasa veut rappeler que la Francophonie ne peut se limiter à une organisation purement institutionnelle : elle doit être un espace vivant, porté par la jeunesse, la culture et l’innovation.
Une bataille diplomatique aux enjeux multiples
La compétition s’annonce serrée. Louise Mushikiwabo, en poste depuis 2018, a confirmé son intention de briguer un troisième mandat. La candidature congolaise ouvre donc un bras de fer diplomatique avec Kigali, dans un contexte marqué par de fortes tensions régionales.
La France, partenaire clé de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a exprimé son ouverture à toutes les candidatures. Le président Emmanuel Macron, lors de sa rencontre avec Félix Tshisekedi, a reconnu le droit de Kinshasa à jouer un rôle de premier plan. Toutefois, derrière les déclarations de principe, l’équilibre politique au sein de l’organisation sera scruté de près : le choix du prochain secrétaire général reflétera les rapports de force entre les États membres.
Une ambition nationale et continentale
La candidature de Juliana Lumumba dépasse la simple dimension symbolique. Elle traduit une ambition plus large : ériger la RDC en acteur incontournable du monde francophone. Forte de son histoire, de sa démographie galopante et de son dynamisme culturel, Kinshasa entend défendre une Francophonie capable de répondre aux défis contemporains : gouvernance, éducation, égalité des genres et transition écologique.
En portant une figure féminine, africaine et polyglotte, la RDC envoie un signal fort : celui d’une Francophonie qui se réinvente en s’ancrant davantage dans les réalités du continent.
En définitive Juliana Lumumba n’est pas seulement l’héritière d’un nom prestigieux. Elle est une femme de parcours, de convictions et d’action. Sa candidature pose une question essentielle : la Francophonie saura-t-elle se transformer en donnant à l’Afrique, cœur battant de la langue française, la place qui lui revient ?
JBK


