Affectations judiciaires : l’interpellation de Maître Carlos Ngwapitshi au CSM sur les réalités sociales

Affectations judiciaires : l’interpellation de Maître Carlos Ngwapitshi au CSM sur les réalités sociales

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Dans les grandes villes de la République démocratique du Congo, les parquets et tribunaux croulent sous le nombre de magistrats. À Kinshasa, Lubumbashi, Kolwezi, Goma, Bukavu, Ituri ou encore Matadi, les salles d’audience ne manquent pas de juges. Mais dans l’intérieur du pays, certaines juridictions ne siègent plus, faute de personnel. Un paradoxe qui fragilise l’accès à la justice pour des milliers de citoyens.

Face à cette situation, le président de la Cour constitutionnelle et du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), Dieudonné Kamuleta, a lancé un appel solennel : les magistrats doivent rejoindre leurs lieux d’affectation, quels qu’ils soient. Pour lui, servir dans les zones reculées est un devoir patriotique et une responsabilité professionnelle. « Répondez là où la Nation vous appelle », a-t-il martelé, insistant sur la nécessité de rééquilibrer la présence judiciaire sur l’ensemble du territoire.

Cette injonction n’a pas tardé à susciter des réactions. L’avocat Carlos Ngwapitshi a dénoncé une approche trop autoritaire et déconnectée des réalités vécues par les magistrats. Selon lui, l’État ne peut exiger un tel sacrifice sans offrir de conditions minimales :
– Pas de prime de brousse pour compenser l’éloignement.
– Pas de frais de fonctionnement pour assurer le travail quotidien.
– Pas de logement ni d’infrastructures pour accueillir les magistrats et leurs familles.

Résultat : les attestations médicales et demandes de dérogation se multiplient, permettant aux magistrats d’éviter les affectations en province. « On ne peut pas bâtir une justice équilibrée sur des injonctions morales seules », souligne Me Ngwapitshi, plaidant pour une réforme sociale réelle et des mesures incitatives concrètes.

Ce bras de fer révèle une justice à deux vitesses : d’un côté, les juridictions urbaines saturées, de l’autre, les tribunaux ruraux paralysés. Les citoyens des zones reculées se retrouvent privés de justice, accentuant les inégalités et nourrissant un sentiment d’abandon.

Entre l’appel patriotique du CSM et la dénonciation de Me Ngwapitshi, une évidence s’impose : sans réforme sociale et incitations matérielles, les affectations resteront lettre morte. Pour rééquilibrer la justice congolaise, l’État doit investir dans les conditions de vie et de travail des magistrats. Car une justice absente dans l’intérieur du pays, c’est une République amputée de son équité.

Merveille Maleya

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