La condamnation d’un avocat impliqué dans le dossier Rawbank continue de provoquer un vif débat dans les milieux judiciaires. Le ministre de la Justice a salué cette décision, y voyant un signal fort contre les dérives dans les procédures de recouvrement. Mais cette position officielle a immédiatement suscité une réaction du barreau.
Dans une lettre adressée au ministre de la justice, Maître Carlos Ngwapishi, avocat au barreau de Kinshasa, dénonce ce qu’il qualifie d’« acharnement » contre la profession. Selon lui, la justice congolaise s’attaque aux mandataires tout en épargnant les véritables décideurs. « Un avocat ne peut être tenu pénalement responsable pour un commandement de saisie immobilière initié à la requête de son client », écrit-il, rappelant que l’Acte uniforme de l’OHADA exige une procuration spéciale pour ce type de procédure.
L’avocat souligne également que la défunte Cour suprême de justice avait déjà établi, dans plusieurs arrêts, que les exploits des huissiers ou greffiers – assignations, citations directes ou commandements de saisie – sont des actes contestables et ne constituent pas une vérité absolue. Pour lui, la condamnation récente illustre une justice à deux vitesses, où les institutions financières puissantes bénéficient d’une protection particulière.
Dans sa missive, Maître Ngwapishi appelle à des réformes profondes pour restaurer la crédibilité du système judiciaire. « La justice a besoin de réformes intelligentes pour relever une nation mise à terre par ses propres acteurs », insiste-t-il, en exhortant les autorités à considérer les avocats comme des partenaires à part entière et non comme de simples auxiliaires.
Cette confrontation entre le ministre de la Justice et le barreau met en lumière les tensions croissantes autour du rôle des avocats dans les procédures de recouvrement et relance le débat sur l’indépendance de la justice en République démocratique du Congo.
JBK


