Condamné à dix ans de travaux forcés pour détournement de fonds publics dans le dossier du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo, Augustin Matata Ponyo refuse d’assumer les faits. L’ancien Premier ministre, aujourd’hui opposant et président du parti LGD, dénonce un « jugement tribalo-ethnique » et accuse la justice congolaise d’être « à la solde du pouvoir ».
Lancé en 2014, Bukanga Lonzo devait incarner la modernisation agricole de la RDC. Plus de 285 millions de dollars ont été mobilisés sous la supervision directe du gouvernement Matata. Mais trois ans plus tard, le site est abandonné, les machines rouillent et aucune production durable n’a été assurée. Les enquêtes parlementaires et judiciaires ont révélé des détournements massifs et une gestion opaque.
Plutôt que de répondre aux accusations documentées, Matata Ponyo met en cause l’origine des juges. « Imaginez-vous que je n’ai été jugé que par des gens qui appartiennent à une tribu du président », a-t-il déclaré. Cet argument, qui réduit une décision judiciaire à une appartenance communautaire, détourne le débat des faits et alimente une logique dangereuse dans un pays où coexistent plus de 450 communautés.
Matata revendique avoir instauré discipline et transparence lorsqu’il était Premier ministre. Pourtant, c’est sous son mandat que Bukanga Lonzo s’est effondré dans l’opacité. La contradiction est flagrante : se présenter comme champion de la bonne gouvernance tout en étant condamné pour détournement mine sa crédibilité.
Matata Ponyo illustre une opposition qui peine à assumer ses responsabilités passées et préfère instrumentaliser l’ethnicité pour masquer les faits. Mais plus largement, l’opposition congolaise doit se démarquer des narratifs rebelles et proposer une véritable alternative de gouvernance. Sans cette exigence de clarté et de responsabilité, elle risque de perdre toute crédibilité auprès des citoyens.
Merveille Maleya


