Taxe de transport à Kinshasa : l’État doit tenir bon, la population doit cesser de fuir la norme

Taxe de transport à Kinshasa : l’État doit tenir bon, la population doit cesser de fuir la norme

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La taxe de transport imposée à Kinshasa — 564 dollars répartis entre vignette, assurance, permis et autorisation de circulation — a déclenché une vague de contestation. Mais au-delà du tollé, une vérité plus profonde s’impose : le problème n’est pas la taxe elle-même, mais la relation brisée entre l’État et le citoyen face à la norme. Et tant que cette fracture ne sera pas réparée, aucune réforme ne tiendra.

Il faut le dire avec clarté : l’État congolais cède trop souvent à la pression populaire. Pas seulement sur les taxes. On l’a vu avec les marchés pirates, les contrôles routiers, les opérations de salubrité. À chaque fois, une décision est prise, puis suspendue, édulcorée ou abandonnée dès que la rue gronde. Ce réflexe d’évitement, devenu presque institutionnalisé, affaiblit l’autorité publique et rend toute norme suspecte.

Un État qui recule envoie un message dangereux : la loi est négociable, la règle est facultative, l’autorité est une variable d’ajustement. Or, une société ne peut pas fonctionner si elle ne sait pas à quoi s’en tenir. L’autorité ne doit pas être brutale, mais elle doit être constante. Elle ne doit pas humilier, mais elle doit s’imposer. Gouverner, ce n’est pas plaire : c’est tenir.

Mais la responsabilité ne repose pas uniquement sur les épaules de l’État. Une partie de la population congolaise a développé une culture du refus systématique. On rejette la taxe, mais on exige des routes. On dénonce l’insécurité, mais on refuse la régulation. On veut des services publics, mais on refuse de contribuer à leur financement.

Ce comportement n’est pas toujours le fruit de la mauvaise foi. Il est souvent nourri par des décennies de promesses non tenues, de corruption, d’inégalités criantes. Mais il ne peut pas devenir un alibi pour fuir ses devoirs. Le civisme, ce n’est pas seulement réclamer : c’est aussi participer. Et payer une taxe, ce n’est pas se soumettre — c’est revendiquer un droit à l’exigence.

La taxe de transport n’est pas qu’un outil fiscal. C’est un test de maturité pour l’État comme pour la population. L’État doit démontrer qu’il peut appliquer une mesure avec rigueur, transparence et équité. La population doit démontrer qu’elle est prête à sortir de la logique du rejet automatique, pour entrer dans celle de la co-construction.

Cela suppose :
– Que l’État explique clairement l’usage des fonds collectés ;
– Qu’il tienne bon face aux pressions, tout en corrigeant ce qui doit l’être ;
– Que la population comprenne que la norme est un bien commun, pas un fardeau à éviter.

La RDC ne manque pas de textes, mais de constance. Elle ne manque pas de lois, mais de respect partagé de la règle. La taxe de transport est une opportunité de restaurer cette colonne vertébrale républicaine. À condition que l’État cesse de gouverner dans la peur. Et que la population cesse de confondre liberté et refus de toute contrainte.

Car une société sans norme stable n’est pas une société libre. C’est une société vulnérable.

Merveille Maleya

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