Le procès du général Philémon Yav Irung, poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État, prend des allures de démonstration à charge… sans charges. Lors de la dernière audience devant la Haute Cour militaire, le ministère public a reconnu, sans détour, ne pas disposer de preuves matérielles pour étayer ses accusations.
L’argument avancé ? Le général aurait refusé de fournir les mots de passe de ses appareils électroniques au moment de son arrestation. Une justification qui, au lieu d’éclairer le dossier, soulève une question troublante : comment peut-on priver un citoyen de sa liberté sans disposer du moindre élément probant ?
Le cœur de l’accusation repose sur une déclaration attribuée au général Cirimwami, selon laquelle Yav lui aurait montré un message évoquant un “plan” dont il serait un obstacle. Mais le nom de Tshilimweni n’apparaît dans aucun procès-verbal, et aucun document ne vient corroborer ses propos. En d’autres termes, le ministère public fonde son dossier sur un témoignage fantôme.
L’Organe de la loi vous dit qu’ils ont arrêté le général Yav, il passe devant la Commission d’audition : nous lui avons demandé de donner ses téléphones en d’autres termes en arrêtant le général, l’auditeur n’avait même pas encore vu le message. Nous rappelons à l’Organe de la loi en Droit nul n’est tenu de témoigner contre lui-même donc il voulait obtenir les téléphones du général Yav pour qu’il lui donne les preuves de sa culpabilité, ça n’existe pas en droit », a fait savoir l’un des avocats de la défense, Maître Carlos Ngwapitshi Ngwamashi
Cette légèreté procédurale interroge. Peut-on sérieusement engager des poursuites contre un haut gradé de l’armée sur la base d’un récit non consigné, sans preuve, sans trace, sans témoin ? La défense, elle, dénonce une arrestation précipitée, opérée sans fondement juridique solide.
Malgré ces failles manifestes, la Haute Cour militaire a rejeté la demande de mise en liberté provisoire, estimant que l’instruction devait se poursuivre. Une décision qui, si elle respecte la procédure, n’efface pas le malaise grandissant autour d’un dossier aussi creux que sensible.
Dans cette affaire, le ministère public donne l’image d’une institution qui avance à tâtons, sans rigueur ni transparence, au risque d’éroder la confiance dans la justice militaire. Le procès du général Yav ne peut se résumer à une suite de suppositions. Il exige des faits, des preuves, et une procédure irréprochable. Faute de quoi, c’est l’État de droit lui-même qui vacille.
La Transparence


