Alors que la République démocratique du Congo affronte une guerre asymétrique dans sa partie orientale, une autre bataille, plus sourde mais tout aussi décisive, se joue sur le front intérieur. Elle oppose le pouvoir en place à une frange de l’élite nationale dont les prises de position, sous couvert de patriotisme, laissent entrevoir une hostilité qui dépasse la simple critique politique.
Au cœur de la controverse, une déclaration de Mgr Fulgence Muteba, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et archevêque de Lubumbashi. Dans une sortie remarquée, le prélat a accusé le régime de Félix Tshisekedi de « brader les minerais pour se maintenir au pouvoir ». Une formule choc, qui intervient au moment même où la diplomatie congolaise engrange des succès notables sur la scène internationale, notamment à travers les accords de Washington, qui ont contribué à freiner l’avancée du M23 et de ses soutiens rwandais.
Ce qui frappe dans cette sortie, ce n’est pas tant la dénonciation d’un supposé bradage des ressources naturelles — une accusation récurrente dans le débat public congolais — que l’absence totale de condamnation de l’agression rwandaise, pourtant documentée par les Nations unies. Aucune mention de l’occupation de Bunagana, aucun mot pour les milliers de déplacés, aucun appel à la mobilisation nationale contre l’ennemi extérieur.
On ne peut pas se dire défenseur du peuple et ignorer ceux qui tombent sous les balles du M23, Ce silence, dans le contexte actuel, n’est pas neutre. Il est politique.
Depuis le début de la nouvelle agression dans l’Est, Kinshasa a opté pour une stratégie à double détente : résistance militaire sur le terrain et offensive diplomatique tous azimuts. Résultat : une mobilisation régionale à travers la SADC, un soutien renouvelé des États-Unis, et une pression croissante sur Kigali. Une dynamique qui, contre toute attente, a permis au régime de se maintenir, malgré les pronostics pessimistes de certains.
Et c’est peut-être là que le bât blesse. Car pour certains opposants, la survie politique de Félix Tshisekedi semble plus problématique que l’occupation d’une partie du territoire national. La critique du pouvoir devient alors un objectif en soi, quitte à relativiser, voire à ignorer, la gravité de l’agression étrangère.
Dans le Grand Katanga, où Mgr Muteba exerce son autorité spirituelle, les appels à la vigilance face à l’infiltration de l’AFC/M23 se font rares. Pourtant, les signaux d’alerte ne manquent pas. Des cellules dormantes, des complicités locales, des mouvements suspects. Mais l’archevêque, prompt à dénoncer Kinshasa, reste étonnamment discret sur ces menaces.
« Il aurait pu mobiliser les consciences, appeler à la défense de la patrie, encourager l’unité nationale », regrette un élu local. « Au lieu de cela, il semble plus préoccupé par la chute du régime que par la survie du pays. »
La RDC ne fait pas seulement face à une agression militaire. Elle affronte aussi une guerre de récits, où certains acteurs nationaux brouillent les lignes entre critique légitime et sabotage politique. En dénonçant les efforts diplomatiques comme une trahison, en feignant le patriotisme tout en taisant l’agression, ces voix affaiblissent la résistance nationale.
Et dans cette confusion, une vérité s’impose : la souveraineté ne se défend pas à moitié. Elle exige clarté, cohérence et courage. Y compris — et surtout — de ceux qui prétendent parler au nom du peuple.
Merveille Maleya


