Le gouvernement congolais a débloqué une enveloppe de 135,7 milliards de francs congolais, soit environ 57 millions de dollars américains, pour l’achat de vivres destinés aux festivités de fin d’année. Une décision budgétaire conforme aux pratiques administratives, mais qui, dans le contexte actuel de guerre à l’Est du pays, soulève de vives interrogations sur la hiérarchisation des priorités nationales.
Depuis plusieurs mois, les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et du Sud-Kivu sont le théâtre d’affrontements violents entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et des groupes armés. Des centaines de milliers de civils ont été déplacés, les infrastructures sociales sont à l’arrêt, et les besoins humanitaires explosent. Dans ce contexte, chaque franc public devrait être orienté vers la défense, la logistique, l’aide aux déplacés et la stabilisation des zones sinistrées.
« On ne dirige pas un pays en guerre comme un pays en paix. On ne dépense pas comme si de rien n’était pendant que des familles fuient les bombes ».
La ventilation du budget est révélatrice :
– 32,3 milliards FC pour les institutions politiques
– 39 milliards FC pour les FARDC
– 36 milliards FC pour la Police nationale
Si le soutien aux forces de sécurité peut se justifier, la part réservée aux institutions civiles apparaît disproportionnée. En pleine guerre, réserver plus de 32 milliards FC aux vivres des institutions politiques relève d’un réflexe de confort administratif, déconnecté de la gravité du moment.
Le budget pour les vivres de fin d’année n’est pas illégal. Il s’inscrit dans une tradition de soutien aux agents publics. Mais le contexte impose une révision des priorités. La guerre exige des sacrifices, y compris budgétaires. Réduire les dépenses non essentielles n’est pas une option, c’est une obligation morale et stratégique.
« On ne peut pas fêter pendant que ça brûle chez soi. Ce n’est pas une question de festivités, c’est une question de responsabilité nationale »,
Première femme à la tête du gouvernement congolais, Judith Suminwa était attendue sur le terrain de la rigueur, de la sobriété et de la réorientation stratégique des dépenses publiques. Mais en validant un budget festif aussi élevé dans un contexte de guerre, elle donne l’image d’une gouvernance qui peine à rompre avec les réflexes de confort institutionnel.
Certes, la dépense est légale. Mais le signal politique envoyé est en déphasage avec les attentes d’une population éprouvée, qui espérait de ce nouveau leadership une gestion plus lucide des urgences nationales. En temps de guerre, on attend d’un chef de gouvernement qu’il incarne l’urgence, pas la continuité festive.
La RDC ne peut pas se permettre de fonctionner comme si elle était en paix. Le budget de fin d’année, dans son ampleur actuelle, envoie un signal de déconnexion entre l’État central et les réalités du terrain. Dans une maison en feu, on ne dresse pas la table : on éteint l’incendie.


Merveille Maleya


