Kinshasa: La ville meurt, l’État regarde ailleurs

Kinshasa: La ville meurt, l’État regarde ailleurs

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Kinshasa ne s’effondre pas. Elle s’efface. Lentement, silencieusement, sous le poids de son inertie politique, de sa croissance anarchique et de l’indifférence de ceux qui prétendent la gouverner.

Chaque jour, la capitale congolaise s’étire, s’épuise, s’enlise. Elle n’explose pas — elle implose. Et pourtant, les discours officiels persistent à repeindre les trottoirs pendant que les fondations s’effritent. On maquille les ruines d’une ville qui suffoque.

En 1960, Kinshasa comptait à peine 400 000 habitants. Aujourd’hui, ils sont près de 20 millions à s’entasser dans une ville dont les infrastructures n’ont pas suivi. Routes, caniveaux, réseaux d’eau et d’électricité : tout ou presque date de l’époque coloniale. Les rares réhabilitations n’ont jamais été pensées à l’échelle de la croissance démographique. Résultat : une ville saturée, congestionnée, vulnérable à la moindre pluie, incapable d’assurer les services de base à ses citoyens.

Le déséquilibre territorial est criant. Les 22 sur ses 24 communes historiques, qui ne couvrent que 12 % de la superficie de la ville-province, concentrent l’essentiel de la population. Pendant ce temps, Maluku (79 %) et N’Sele (9 %), qui représentent ensemble près de 88 % du territoire, restent sous-exploitées, sans plan d’aménagement, sans vision d’intégration. Ce déséquilibre alimente les embouteillages monstres, les bidonvilles tentaculaires, et une pression foncière insoutenable.

Depuis deux décennies, Kinshasa a vu défiler une dizaine de gouverneurs. Tous ont promis le changement. Aucun n’a laissé d’héritage structurel. Les opérations Kin Bopeto, Zéro trou ou Kin Elengi ont fait illusion un temps, mais n’ont jamais attaqué les racines du mal. La gouvernance urbaine s’est réduite à des campagnes de communication, pendant que les réalités du terrain s’aggravaient.

La vérité est brutale : la succession des gouverneurs n’a produit que des fortunes personnelles, jamais de transformations collectives.

À Kinshasa, tout converge vers Gombe. C’est là que se concentrent les sièges des institutions, les banques, les ambassades, les infrastructures modernes. Mais Gombe n’est pas Kinshasa. C’est une enclave. Une vitrine. Le reste de la ville vit dans l’ombre, sans routes, sans écoles dignes, sans hôpitaux fonctionnels. Le déséquilibre est tel qu’il alimente une fracture sociale explosive.

Il ne s’agit plus de réhabiliter Kinshasa. Il faut la repenser. Radicalement. Stratégiquement. En s’inspirant d’exemples comme Abuja, Dubaï ou Kigali, qui ont su bâtir des villes modernes à partir de visions claires, portées par des États stratèges.

Cela implique :
– La création d’une nouvelle ville ou d’un pôle urbain structuré à Maluku ou N’Sele.
– Une politique d’aménagement du territoire fondée sur des données démographiques fiables.
– La décentralisation effective des services et des opportunités économiques.
– Un plan directeur d’urbanisme sur 30 ans, adossé à une volonté politique réelle.

Kinshasa n’a plus le luxe de l’attentisme. Chaque jour sans réforme est un pas de plus vers l’effondrement. La capitale ne peut plus être le théâtre d’une gouvernance de façade. Elle mérite mieux que des rustines sur des artères fissurées. Elle mérite une vision. Une ambition. Une refondation.

Car à ce rythme, ce n’est pas Kinshasa qui changera. Ce sont les Kinois qui fuiront.

Merveille Maleya

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